#construire #11 / Retirer le divan au personnage

C’est-à-dire que dans la panne – oui je commence sans transition car j’ai souvent des pannes sur mes débuts et mes transitions, ce sera donc mon premier procédé que de couper court à ce qui me dérange – je disais donc c’est-à-dire que dans la panne je ne sais pas qui est en panne de moi ou du personnage ? En effet j’aime voir mes personnages comme indépendants de ma volonté et je ne suis au final que leur spectatrice et transcriptrice. Ainsi si la page soudainement se fige c’est que l’image se fige. Il ne s’agit donc pas de lâcher le texte et d’aller m’effondrer sur le divan – évidemment que j’ai un divan, une méridienne même – mais de faire s’effondrer le personnage sur son divan. Et puisqu’il semblerait que pour sortir de la panne il faille retirer le divan, ce n’est pas mon divan – ma méridienne – que je dois retirer mais bien celui du personnage ! Le voici donc qui tourne dans son appartement et qui ne sachant plus quoi faire tourne en rond et va pour s’effondrer sur son divan et d’un coup de plume je supprime le divan. Oui je sais bien que je viens de dire que mes personnages sont indépendants de ma volonté mais le texte lui ne l’est pas. Que va-t-il donc faire si je lui retire son divan ? Bon il se peut qu’il soit surpris et qu’il tourne autour de l’espace vide avec une expression à la Chaplin et je tiens déjà là une scène absurde me sortant de la panne. Ou le divan n’a jamais été là et je peux donc glisser avec lui dans les arcanes de la folie – mon thème majeur. Ou le divan se déplace subrepticement et nous frôlons le réalisme merveilleux. Dans tous les cas, mon personnage a une action à faire, se grattant la tête devant l’emplacement vide et j’ai de la matière à transcrire. Peut-être va-t-il s’asseoir sur le sol et invoquer les esprits ou convoquer ses voisins à un pique-nique d’intérieur. Peut-être tombera-t-il amoureux ! L’histoire trouvera bien le moyen d’avancer. Ou alors dans un grand élan puisqu’il n’y a plus de divan il va décider d’aller en acheter un, prendre son chapeau haut-de-forme, le châle de sa grand-mère ou son vélo d’enfant et sortir de la maison. Comment est donc la rue ? Fait-il jour ou nuit ? Est-ce jour de fête ou jour de deuil ? Qui va-t-il croiser ? Il me fait un petit signe de la main pour que je le suive et nous voilà embarqués dans la suite de l’histoire. Peut-être qu’en chemin je changerai de personnage si l’envie m’en prend. En attendant, il met les mains dans ses poches pour voir s’ il a assez d’argent pour acheter un divan et se pose donc la question de son lieu de travail, de sa fortune héritée, de sa misère ou de ses talents de pickpocket. Oui, le personnage ne connaît pas la panne. Il a une vie à vivre et il me suffit de la suivre et d’ôter les obstacles sur son chemin – ou de les ajouter – afin de dérider cette panne qui finalement n’appartient qu’à moi.

A propos de Léa Yasmine Djenadi

Psychologue. Métisse. J'aime aussi lire dans des langues que je ne parle pas. En création d'une newsletter... (comme tout le monde, non ?)

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