Aller ! Tu n’iras nulle part, ma fille, car tout s’est arrêté
Aller ! Car tout s’est recoincé
Aller ! La voix une s’est tarie. Celle que tu as tenue, le temps de quelques pas, le temps de quelques trots ou de quelques galops. A la première embardée, envolée, tombée, envolée, à la poussière restée, à la poussière rampée et les chevaux de Camargue sont devenus de manège.
Aller ! Ou trop de voix se sont levées, élancées, depuis loin, depuis le fond du désert, rugies comme de grands vents, vers le fond du désert, des tourbillons de sable que tu ne parviens pas à suivre, qui obscurcissent tout, dont les sons toujours s’amenuisent pour reprendre d’ailleurs et puis d’ailleurs encore, et leurs enchaînements, et leur déchaînement, rendent vains toute tentative toute croyance que rien jamais ne s’arrête, rien, n’est-ce pas, sinon rien. Rien sinon rien.
Aller ! Recule
Aller ! Rentre en toi-même
Aller ! Referme les volets, les mirettes, reprends les écoutilles
Plus loin, toujours, Descends ! Retire ! Barre !
Plus loin, plus loin encore, retourne, au sans espoir, Redescends en toi-même, Par les marches de bois, les marches de ta Loi, Redescends nulle part
Tombeau où l’espace s’élargit, où tu cours stupide morveuse nue échevelée
Retourne au plus voulu, le pire, Retourne au seul voulu,
l’absence à jamais de toute reconnaissance, le bannissement,
Assez de faire la pitre, prends, la voix seule où tout s’unifie, celle de la haine de toi
Et de la réclusion
Recluse.
Sans partage.
(Non publié au moment de l’écriture, en avril 25. Publié un an plus tard sur le site de l’atelier.)