#boost #10 | Recule, Recluse— Tu passes en mode avion

Aller ! Tu n’iras nulle part, ma fille, car tout s’est arrêté

Aller ! Car tout s’est recoincé

Aller ! La voix une s’est tarie. Celle que tu as tenue, le temps de quelques pas, le temps de quelques trots ou de quelques galops. A la première embardée, envolée, tombée, envolée, à la poussière restée, à la poussière rampée et les chevaux de Camargue sont devenus de manège.

Aller ! Ou trop de voix se sont levées, élancées, depuis loin, depuis le fond du désert, rugies comme de grands vents, vers le fond du désert, des tourbillons de sable que tu ne parviens pas à suivre, qui obscurcissent tout, dont les sons toujours s’amenuisent pour reprendre d’ailleurs et puis d’ailleurs encore, et leurs enchaînements, et leur déchaînement, rendent vains toute tentative toute croyance que rien jamais ne s’arrête, rien, n’est-ce pas, sinon rien. Rien sinon rien.

Aller ! Recule

Aller ! Rentre en toi-même

Aller ! Referme les volets, les mirettes, reprends les écoutilles

Plus loin,  toujours, Descends ! Retire ! Barre !

Plus loin, plus loin encore, retourne, au sans espoir, Redescends en toi-même, Par les marches de bois, les marches de ta Loi, Redescends nulle part

Tombeau où l’espace s’élargit, où tu cours stupide morveuse nue échevelée

Retourne au plus voulu, le pire, Retourne au seul voulu,

l’absence à jamais de toute reconnaissance, le bannissement,

Assez de faire la pitre, prends, la voix seule où tout s’unifie, celle de la haine de toi

Et de la réclusion

Recluse.

Sans partage.

(Non publié au moment de l’écriture, en avril 25. Publié un an plus tard sur le site de l’atelier.)

A propos de véronique müller

même si je perds le fil, je m'en sors plutôt bien mal. https://www.disparates.org/iota/