Qu’as-tu fait ?
J’ai fait le mort. Je voulais être intéressant. C’est une rareté. Il fallait essayer pour comprendre ce que ça veut dire. J’ai commencé par tester ce que c’est que de s’allonger dans des draps bien propres qui sentent bon et de ne plus rien faire, de voir venir. Délicieusement calé, tête sur l’oreiller, corps replié en colimaçon et pieds légèrement surélevés, je goûtais ma chance. Ainsi en panne de vie, je savourais les instants éternellement présents. Je suis resté longtemps ainsi jusqu’à ce que les draps n’en puissent plus de me supporter et montrent quelques signes de faiblesse comme chiffonnage et petite odeur désagréable. Alors je me suis levé et ai couru dans la salle de bain. Mes cheveux avaient poussé. Autre constatation, mes ongles aussi. Sinon, je me ressemblais assez et pas grand chose avait changé durant cette absence. J’allais jusqu’à mon bureau mais finalement n’y entrais pas. Pas de triche si je voulais continuer l’expérience. J’étais mort, fallait que ça dure. J’ai lavé mes draps et pendant qu’ils séchaient, j’ai effacé tous mes messages sur mon téléphone sans les écouter bien-sûr et j’ai vidé ma boîte aux lettres. Après cela, que faire ? Un léger ennui me courait dans la tête. C’était déplaisant, c’était à chasser au plus vite. Je me suis mis à danser. Puis je me suis mis à chanter. Mauvais augure montrait son nez. Pour contrecarrer cette source de vie, je me suis dirigé vers la fenêtre et là, j’ai vu l’arbre sur la place. C’était la première fois que je le voyais vraiment. Avec tout son vert qui jouait dans l’air bleu et sa lumière sautillante dans les branches, sa force joyeuse qui ondoyait. Erreur fatale. Je suis allé me raser et prendre un gentil repas.