
Jenny Okun
Un livre est une boîte. Il en a le format. Principalement rectangulaire, bien qu’on trouve des boîtes cylindriques pour ranger les pâtes et les tableaux, des boîtes en forme de cœur au rayon fantaisie et il en va de même pour les livres. Mais en règle générale, dans les sacs, les poches, les bibliothèques privées, intimes, universitaires, publiques… les livres ont le format d’une boîte rectangulaire.
Un livre est une boîte. Il en a l’épaisseur, c’est-à-dire n’importe laquelle et parfois la boîte est si mince, si peu profonde que sans l’inscription sur son couvercle, on ne pourrait pas savoir ce qu’elle contient. Il faudrait alors deviner : des paillettes, du sel, un fil, une mèche de cheveux, un after eight ? De même, certains livres sont si fins, que leur dos ne supporte pas la moindre pièce de titre. Imaginons encore une boîte faite pour disposer bien à plat un morceau de ruban chéri, un timbre ou une chaînette d’or à maillons ovales sans pendentif.
Un livre est une boîte quand bien même il ne comporterait qu’une seule page, l’important c’estsa capacité à contenir, comme pour la boîte, dans le cas extrême où elle serait vide, ou la page blanche, un livre n’en serait pas moins une boîte et la boîte, une boîte. L’inverse est faux : une boîte n’est pas un livre.
Un livre est une boîte. On peut se référer aux mots inscrits sur le couvercle ou sur la couverture pour se faire une idée de ce qui se trouve à l’intérieur. On se référer aussi à ce qu’on nous en dit sur le couvercle ou la couverture sont vierges de toute inscription. (Rappelons le cas d’un livre qui contient un aviateur qui dessine une boîte qui contient un mouton). La parenté des mots couvercle et couverture dit à la fois qu’un livre est une boîte et qu’il contient quelque chose de toujours vivant. On ne met pas du vivant dans une boîte. On ne referme pas un couvercle sur du vivant, seulement sur du mort, sur un macchabée ou sur du pasteurisé, du conservé.
Un livre est une boîte qui embaume, au sens qu’il sent la colle, le papier, le fil, le temps passé là-dedans, l’humidité des fenêtres toutes proches, le bois de l’étagère.. Un livre n’est pas là pour conserver des corps rigides avec une apparence de vie. Plutôt le contraire, contenir des corps vivants sous la forme de lettres.
Couvercle et couverture (à suivre…)
Belle idée que celle de la boîte qui fait penser à boîte de Pandore autant que de chocolats, ou coffre au trésor.