Le livre comme j’y tiens #01bis

Au lit fatigué, c’est là que ça se passe. L’écrasement de la journée rend le voyage d’autant plus enviable et d’autant plus difficile. Tenir le livre bien orienté vers la lampe de chevet à l’éclairage trop faible. Que la lumière en renvoie plein les yeux, que le sommeil ne vienne pas trop vite, que le voyage se fasse ! C’est l’hiver, ce qui tient le livre doit être hors de la couverture mais le moins possible quand même. Torsion maximale du poignet, le livre est ainsi presque plaqué contre le front, au point que la page éblouit presque. Confrontation au voyage, confrontation en sa capacité d’encore voyager après la journée écrasante. Travail d’un seul poignet. Il est possible de tenir le livre d’une seule main, la gauche tant qu’à faire, la sacrifiée, l’autre reste à l’abri des couvertures. C’est elle qui aura le plus à servir demain. L’autre doit pour le moment se montrer habile de son pouce. Le pouce est coudé ferme. Entre lui et le bord extérieur de l’index, la pince doit être ferme pour lever le livre. Dès qu’il est en position verticale, le pouce peut s’écarter, c’est ainsi qu’il va maintenir l’ouverture à la page en cours de lecture mais la pince doit rester aussi ferme qu’à l’étape d’avant et il y a de quoi se dire qu’elle va devoir se faire de plus en plus ferme à mesure que le volume des pages de gauche va augmenter, celui des pages de droite diminuant. De quoi se préparer, avec angoisse parfois, à une vraie épreuve de force avec le livre, voire avec celui qui l’a écrit. On calme un peu le jeu grâce à la verticalité de l’avant-bras, il est alors de magiques moments d’équilibre, où lire est presque reposant. Mais vient alors une crampe de fatigue, ou même une crampe de sommeil, le livre penche, tout le corps sursaute, comme lors d’un arrêt brutal du train.

A quoi sert le livre ? Que vient-on de lire ? Juste un voyage dans son corps.

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