
Siratus tenuisculptus (délicate sculpture) République dominicaine Las Salinas 200-220 m. Environ 50 mm. Décrit par Bernard Garrigues
L’ENFANT À L’ATLAS
Il a une pratique quasi quotidienne de son atlas, de longue date certainement pour y voyager si à l’aise. Est-ce après la lecture de L’île mystérieuse de Jules Verne, dans la collection Hetzel, qu’il l’ouvrit pour la première fois ? L’atlas, comme le roman, était trop lourd et trop grand pour l’enfant qu’il était. Il le consultait, couché à plat ventre sur le parquet de sa chambre. Ses jambes repliées et croisées se balançaient, ponctuant sa curiosité et son enthousiasme. Il s’intéressait tout spécialement aux îles. À cause de L’île mystérieuse, évidemment ! Peut-être avait-il l’impression que leurs petites tailles étaient à la mesure de la sienne. Il les cherchait sur les cartes. Équipé d’une loupe, il pointait son crayon de bois sur les microscopiques, caressait de son doigt les contours des plus grandes. Elles étaient là, à l’attendre, avec leurs rochers et leurs plages, leurs vertiges et leurs mystères. Un jour, il les visiterait. Il recopiait leurs noms dans un cahier — les Grenadines, les Marquises, Saint-Domingue, Cuba, les Canaries, Ceylan, Madagascar, la Corse, la Sardaigne, Marie-Galante, Taïwan, la Martinique. Les Galapagos étaient sa préférence, à cause de leurs tortues géantes. Après quelques années, il avait établi ses premières listes, classant « ses îles » par zones géographiques. C’est alors qu’il décida des fabuleux voyages qu’il entreprendrait quand il aurait grandi. Sa géographie était alors approximative, imaginaire, rêvée et surtout vagabonde.
Quelques soixante-dix ans plus tard, elle était devenue beaucoup plus précise. Pourquoi éprouvait-il toujours le besoin de consulter son atlas, alors qu’il avait parfaitement en tête la carte du Monde ? Pour la même raison qu’il ne pouvait se contenter d’un quelconque Waze pour se rendre quelque part en voiture. Il fallait qu’il étudie une carte, qu’il élargisse son horizon, qu’il pose un doigt sur son point de départ, un autre sur son point d’arrivée, avant de s’occuper du chemin qu’il emprunterait pour relier l’un à l’autre.
Tout au long de sa vie, il en a visité des îles, fouillant chaque recoin de leurs rivages et de leurs fonds sous-marins. Il est devenu un des plus grands spécialistes d’une famille de coquillages, les Muricidae, famille à laquelle appartient le bien connu Murex tintoria, qui servait aux Romains à colorer leurs toges en pourpre.Il les étudie, il les décrit, il les photographie. Il en découvre et nomme de nouvelles espèces. Il rédige des encyclopédies. À la suite des Linnée, Buffon, Lamarque,…, en lien, grâce à Internet, avec des chercheurs et des amateurs éclairés du monde entier, il fait œuvre de naturaliste. L’atlas de son enfance ne quitte pas son bureau.