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Une bande de jeunes déambulent, désœuvrés dans les rayons de la bibliothèque sans attirance pour les livres, clones titubants, cliquetis de claquettes, frottements de semelles, téléphones à la main, l’œil chevillé à l’écran. Agacée par ce va et vient, la responsable intervient « mais madame on révise le brevet ». Une vieille dame sourit à la cantonade, une guirlande de sourires s’affichent sur les lèvres en connivence générationnelle.
Lui, marche le dos courbé. A la main un râteau, un seau. Lui, regarde la terre. Et me souvient le jardinier, penché sur les carrés de légumes, les rayures du râteau dans les allées, son chien savant faire le beau à la vue d’une fraise.
Sur la page cette phrase « un jaillissement de rouille et d’or » me place à nouveau dans l’œuvre de Klee « Le poisson rouge » qui m’obsède depuis que François l’a fait remonter à la surface cette œuvre.
J’ai vu apparaître une femme noire debout, la tête chapeautée d’une aura de paille surmonté d’un chignon d’ébène. Une audace affichée, une beauté sculpturale, son corps jaillit.
Une petite fille passe devant un couple âgé assis sur un banc à l’ombre. « Bonjour Monsieur et Madame ».. Me reviennent ces instants magiques où nos jeux inventaient des personnages, leur prêtant les paroles entendues des adultes, répétant le théâtre d’une vie future.
Une feuille de tilleul, comme une goutte de pluie, m’a frôlée le visage. Sèche comme feuille d’automne elle pleurait l’été trop chaud. Je l’ai ramassée, toute ratatinée, elle rejoint le fouillis de mon bureau, une relique d’instant.
3
J’ai bon espoir (…) que vous m’accordiez le pardon que je demande pour la mort de deux “tyrougets” – c’est comme ça qu’on les appelait à la maison, “tyrougets” ».
C. LISPECTOR
Libre comme un poisson dans l’eau flottant au-dessus du commun des mortels…Je suis capitaine parcourant des océans étendus. Je veux déchiffrer le ciel l’eau. Glisser dans les failles abandonnées à la nuit, insomnies. Dans ce jardin sombre le dominant à épines pousse l’échappée du dominé dans la vase. Le noir en triomphe rejoint la nacre des cimetières. Le rêve d’un jardin d’étincelles d’où jaillissent les ors d’écailles, les algues visqueuses, vicieuses. Les murmures des chuchotis s’enroulent comme un voile aux clapotis cette passion pour la légèreté, cette facilité pour s’envoler
et
c’est la nuit avec la vase sombre. Plus moyen de tourner en rond.
en cadence les larmes fichées dans les yeux ne font que pleurer
abattre les murs pour plus de lumière
s’arranger une petite histoire d’amour, pardon c’est si bon !
dans le noir juste de petits yeux qui brillent
l’eau trouble du poisson d’or
évaluer la sagesse des 7 poissons
à vivre dans les eaux troubles de la folie se méfier de l’apparat de l’or
Ou
faire surface
affronter le réel
apprendre la lumière
papilloter des yeux pour en chasser la cécité
rêver de marcher pieds nus sur la mer
la fuite n’est pas le chacun pour soi
avec le rassemblement
affronter la tempête
s’agenouiller
dans les eaux troubles de l’écriture
une phrase poisson d’or surgit
une idée d’érotisme de sirène
la queue en sexe ouvert
postures de Kâmasûtra
naïves comme le poisson rouge de KLEE.
Dans le sombre de la vase du monde brille un dominant qui se croit œuvre d’or. Ostensoir au- dessus de la mêlée. Devant sa lumière, éblouis, les opprimés, même les plus petits, les plus naïfs fuient, cherchent refuge loin des lumières des apparats du pouvoir. Suspicion de l’existence d’une anguille sous roche. Au centre d’un fond noir brille la lumière des profondeurs des âmes chauffées aux épines de braise d’un dieu charitable. Le signe infini se déploie en graffitis turquoise, les fleurs ne craignent pas le manque de lumière s’épanouissent sous des étoiles apparues sans dérive. Chacun nage à ses préoccupations sous l’autorisation d’un œil en orange clignotant. Optimisme d’un monde réveil en matin brun la domination des étoiles du pouvoir. Tandis que le verso dit le réveil d’une prise de conscience, timide, regarder le réel, s’ouvrir à regarder le pire.
Dans les deux cas la peur existe. Dans l’un la soumission pour se protéger, dans l’autre l’échappée, la sagesse de l’espoir. Je fais le lien avec les eaux troubles de l’écriture.
4
Fragments en cours
J’aiguise la route je sors mes peines les libellules en dessert partir sans ascenseur dans les profondeurs nationales oui explorer le profond
musique au déjeuner clapotis de mes ciseaux découpent mon adolescence un foret d’odeurs citronnées s’échappe un sud d’enfance des épines de hérissons dans les bras d’une pieuvre je me dore les écailles
Sur le fouillis de mon bureau une jardinière de céramique acquise aux journées portes ouvertes de l’ ESAT de Ménilmontant, met en nage des sirènes dans les érections enivrées d’un art brut érotique. Coquilles d’huitre gueules ouvertes sur le monde, un galet rectangle en presse papiers, un vieux verre pot de crayons, tubes de colles, mouchoirs en papier, rouleau de scotch, notes gribouillées, des bricoles glanées ça et là et mon Asus fidèle compagnon
J’ai aimé la feuille de tilleul comme une caresse de pluie sur votre visage.
Et le dilemme du poisson rouge, écho de nos préoccupations humaines.
Merci
Oh, Béatrice, quelle belle surprise et régalade de te lire ici. Le sourire générationnel m’a fait sourire.
J’ai vu poisson rouge, j’ai vu matisse d’abord mais celui de Klee est en liberté !
Bienvenue ici 🙂