#chroniques #00 | prologue

1 — Le monde ?
Le monde, quel monde ? celui qui a trop chaud ? qui va avoir trop chaud ? qui le sait depuis longtemps mais qui se cache les yeux derrière sa grasse patte, sa patte si bien graissée ? Alors chanter partout qu’il faut planter des arbres. Et puis dans quelques mois, quand l’hiver sera revenu, ou au moins le frais automne, vouloir couper les arbres. Et en faire des copeaux, pour cause d’écologie, d’énergie renouvelable, coupez-moi tous ces arbres, tous petits maigrichons, qui ne sont même pas bons pour des planches d’étagères. Le monde de La Fontaine, avec bien peu de fourmis et beaucoup de cigales. Le monde serait une fable ?

2 — Jour tranché
7h30 : des nuages, pas de trop grand ciel bleu ce matin enfin. Écouter la mésange bleue, la fauvette à tête noire. Bataille de territoires sonores. Et puis quand elles se taisent les voitures comme des mouches, au fond de la vallée — 7h45 : soleil sous les nuages. Peur de la chaleur. Plus d’oiseaux, bruit des camions sur la route — 8h00 : les fleurs des châtaigniers ont perdu leur jaune. De loin on les confond avec l’envers des feuilles de frêne, retournées par le vent. Un coq, celui de M. — 8h15 : volets fermés, juste un rai de lumière sur l’interrupteur. Vraie lumière sur fausse lumière — 8h30 : mouches, ailes de mouches, pattes de mouches sur la peau, pattes de mouches sans la page — 8h45 : encore un peu de frais, fenêtres ouvertes, troglodyte mignon qui sifflote — 9h00 : petit souffle d’air qui fait s’agiter la toile d’araignée sous la table — 9h15 : soleil sur le figuier, odeur — 9h 30 : penser, profiter du frais pour aller jardiner, sueur, le long des bras — 9h45 : ce serait sécheresse. La terre, poussière — 10h00 : chercher l’ombre — 10h15 : le sec flétrit, il rabougrit tout — 10h30 : souffle d’air dans les arbres, les feuilles en flammes, vert et orange, couleurs complémentaires — 11h00 : la forme des ombres sur le parquet, regarder d’où elles viennent, de quel peigne ces dents-là — 11h15 : voir les ombres bouger, elles s’en retournent vers la fenêtre, noter leur position, des repères dans la tête, des graduations, des barreaux d’échelle — 11h30 : les derniers névés retranchés dans leur creux. Faire des photos pour se souvenir, mettre la date au dos. Échelle, encore — 11h45 : écarter les bras pour profiter de l’air. Façon cormoran. Penser à la mer, ça rafraîchit ? Essayer de ne pas y penser, mais impossible de penser à ne pas penser à quelque chose, sinon, ne pas penser à quoi déjà ? — 12h00 : silence. Plus d’oiseaux ou très peu. Regarder par la fenêtre, voir un papillon. Se rassurer, encore de la vie et de la légèreté — 12h15 : sortir de l’ombre. La chaleur comme un coup, l’impression de rentrer dans le visqueux d’un fluide — 12h30 : une fois au frais, on oublie la sensation de chaleur, on ressort et choc à nouveau — 13h00 : Agacement des mouches, ranger la nourriture pour éviter l’idée de leurs pattes dans la bouche

3 — Les algues bleues de Matisse
Je les vois dans la mer, ces peintures immobiles, elles bougent avec les vagues, se déplacent tranquillement, suivent les mouvements de l’eau aller-retour, elles font des cercles, des huit, infiniment. C’est peut-être moi qui bouge, moi qui suis dans la mer quand je regarde ces algues, les longs doigts de papier, colorés et charnus qui font sac et ressac, aller et revenir, se replier, s’ouvrir, elles font naître le mouvement, par leur mouvement à elles ou mon mouvement à moi, je ne sais plus qui bouge, elles m’emmènent comme le train, son mouvement d’immobile. Pas grand-chose pour dire oui, ce sont bien là des algues, le reflet d’une surface ou les mouvements de l’eau, rien de tout ça ici, rien pour dire où on est, rien pour dire qui elles sont. Le bleu est bleu aussi, une couleur pour faire forme, pour s’adresser aux yeux, le bleu de l’eau au mieux, les algues ne sont pas bleues, des algues d’eau peut-être, mais pas des algues en algues. Ces algues me laissent une place, une place vraiment à moi, pas juste une petite place pour mon admiration, une vraie place à moi, être algue parmi les algues, fluer et refluer

4 — Ça avance ?
Ça dépend. Ça dépend de ce que vous entendez par ça. Plusieurs chantiers en cours, peut-être trop, sûrement trop puisque pas grand-chose n’avance vraiment. Révision du manuscrit, toujours envie de relire une dernière fois, qui deviendra l’avant-dernière. Le chantier de Mow, rebaptisée M malgré la jolie symétrie, mais pour cause de trop grande ressemblance du côté britannique avec un mâchouillage de bovin voire d’ovin. Pas vraiment commencé, une accumulation de textes qui s’emmêlent, trouver le début de la pelote, le début, le début. Alors qu’on le sait bien, pour écrire, il faut déjà écrire. Ensuite, le site, mes si chers Enleveurs, hésiter avec Patreon, peur de ne pas pouvoir nourrir deux sites affamés quand tout ce que j’écris suffit à peine pour un, alors lui rajouter une jolie newsletter pour les abonnés, reprendre ce ça avance ? par exemple. Et puis peut-être un bouton, mécénat, soutien, don, oser dire que le clavier, le mac, l’électricité, les abonnements nombreux, les livres et puis le temps aussi, ça pèse, que ce serait mieux par le troc, mais à défaut d’échanges, devoir s’en remettre aux sous, à ces satanés sous, mais sans faire payer ceux qui donnent déjà tant. Alors y réfléchir, c’est-à-dire ne rien faire. Pas tout de suite on se dit. Par où commencer ? ça dépend

A propos de Juliette Derimay

Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres. À retrouver sur son site les enlivreurs.

2 commentaires à propos de “#chroniques #00 | prologue”

  1. alors déjà merci à Philippe Liotard, parce qu’avec ma manie de ne pas choisir, j’aurais pu le rater,

    ensuite, tellement « besoin » d’écrire un Truc là, tout de suite, qu’évidement j’ai pas les mots, ‘fin ils se mettent pas bien en ordre…

    Les pieds de courgette ont explosé…j’aurais pas cru qu’ils prendraient autant de place…cinq ans à attendre que le potager pousse tout seul, posant les plants bio achetés au marché sur le sol sans rien faire d’autre. Puis cette année, sans aucune envie en apparence, les planter, parait que ça aide à les faire pousser, et deux fois par jour leur donner de l’eau, toujours sans « rien » dedans en apparence…

    Ben incroyable: j’ai failli noyer deux framboisiers et quatre plants d’aubergine!!!

    Ben oui, après, y’en a qui aiment et d’autres moins.

    Mais pour le moment, j’ai noyé personne…je me suis quand meme rendue compte qu’il y devait y avoir un soucis pis j’ai demandé à quelqu’un qui savait…

    La semaine prochaine, la recette d’une recherche d’intention première ratée qui réussie quand meme.

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