Une galerie infinie aux parages complexes formés de rideaux plissés dont on ne distingue pas les bords. Le Roi déambule majestueusement tandis que les pages vont et viennent des alentours.
LE ROI. — Je suis d’humeur… (Les pages tendent l’oreille) musicale !
PAGE 522. — Sire je saurai vous sussurer six cent sons, ou plutôt percuter promptement vos tympans ou bien selon l’envie lire des petites broutilles guillerettes
PAGE 9327. — Allons, La musicalité vient de la forme, arrêtez donc toutes ces frivolités sans bornes. Moi, je prétends que pour bien exprimer son l’art, il ne faut faut pas mesurer ses phrases au hasard. L’usage sensuel de sonorités sifflantes est bien trop simple pour que l’on ne s’en contente…
LE ROI. — Assez !
PAGE 12627. — Non, mon roi, c’est ainsi. Tu ne te trouveras aucune musique dans ce couloir. Ton pourpoint fleuri ne croisera que des bourdonnements. Tu avances, tu exprimes ton humeur soit. En réalité tu n’as pas de substance car tes humeurs viennent de toutes ces impressions qui t’assaillent. Ton esprit n’est formé que d’un empilement de pages.
PAGE 983840, pour lui-même. — Et ils lui tourneront autour pour l’éternité. Chaque tentative évitera soigneusement de ressembler aux autres. Il reformuleront puis se lasseront des nouvelles formules. Il faut faire un peu plus court ! Encore plus ! là ! Non, il faut au contraire décortiquer dans d’interminables labyrinthes grammaticaux la forme obscure de l’idée cachée dans notre esprit derrière cette formulation qui n’est pas encore correcte car elle enjambe ce qu’il faudrait vraiment dire en frôlant le mot juste mais de manière trop lourde, trop longue, trop courte, trop moyenne.
PAGE 1001. — Nous n’avions pas conscience de l’horrible vanité de ce ballet. Sous cette ruche, le bruit de nos pas appelaient inexorablement nos bourreaux.
PAGE 66666666666. — Dans un riche habit de velour rouge et or, le roi cherche quelque-chose à dire. Il reçoit tellement d’attention, il doit donner à son tour afin que sa grandeur s’accord avec le flux et le reflux de l’univers.
LE ROI. — C’est assez juste. Peut-être pourriez-vous vous associer au page 328 pour nourrir mon inspiration ?
PAGE 66666666666. — J’en parlerai à une de mes connaissances.
LE ROI. — Parfois je voudrais vider cette galerie et marche seul en silence
PAGE 90. — Il se croit entouré par autre chose que ses illusions.
LE ROI. — J’aime ces illusions qui sont la fabrique de mon esprit. Il est juste qu’en retour je fasse de l’esprit pour mon peuple.
PAGE 91, s’addressant au page 90. — pensez-vous qu’il va bien ? Et vous est-il venu l’idée de vous en inquiéter ?
PAGE 90. — Faut-il pour nous qu’il aille bien ou qu’il se sente si mal qu’il nous sollicite sans fin ?
(La troupe continue son chemin dans la galerie)