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(Si je posais ma langue sur la terrasse pour en goûter la pierre, elle y resterait collée dans un bref crépitement de friture.) Alors je ne le fais pas.
.2 | le 30 juin 2026
(re)Lire un prologue.
Deux chats endormis.
Sur le site de Normandie Livre et Lecture, il est indiqué qu’une personne est, je cite, chargée des projets éditions, et qu’elle se nomme Valérie Schmitt.
Pourquoi l’effet d’une piqûre de moustique dure-t-il près de trois semaines ?
À l’étage pour ouvrir les fenêtres et éviter que la chaleur ne s’installe (dormir : un projet).
La mouche prise dans mes cheveux : on t’a invitée ?
Extérieur : chant d’un oiseau ; intérieur : chant d’un violoncelle.
Elle est où, cette levure de boulanger ?
Sans cesser de pétrir.
San Antonio de la Luna : coda (un sentiment d’infini).
Les liserons étouffent même les tiges d’orties (il existe une justice sur cette terre).
Le point, la virgule : avant ou après la fermeture des guillemets ?
Umami sur une gorgée de Jejudo.
L’oiseau qui frappe à la vitre, des heures durant, pour effaroucher son reflet.
Lorsqu’il s’adresse au public, Brad Mehldau marmonne toujours avec une douceur qui le rend inaudible.
Improvise la suite d’un récit qui mène là où il l’a décidé.
CTRL ALT 6 !
Je reste entre six et huit heures par jour assis au bureau que je m’évertue à décrire – sédentarité physique, nomadisme mental.
Passage assourdissant d’un avion de chasse.
Un œil glissé sous le torchon qui protège la focaccia : eh bien, cela ne lève pas.
Dans un coup de vent, chute d’une chemise du fil à linge dans le buisson des pois de senteur.
Écrire cette note est une perturbation dans l’épineux problème des décisions à prendre concernant la chronologie à adopter pour l’action d’un roman qui me semble beaucoup trop étirée comme il en va de cette phrase à la syntaxe aussi ravissante qu’aventureuse.
Mon esprit s’absorbe et rechigne à quitter les sphères du romanesque pour relancer la sonnerie du portable – re-perturbation.
Refuel sur le thé.
Vidange dans les orties.
Un baiser sur la tête du chat : bref larcin de son odeur.
Subitement très ému par l’orchestration épurée du premier chant des Chœurs féminins Op. 17 de Brahms – la plume de Maxence se suspend au-dessus de la feuille.
Les corneilles sont en retard.
Le chat effectue un salto arrière pour tenter de suivre le papillon convoité.
Doigts dans la focaccia : moins salissant que dans le cambouis.
Plaisir anticipé dans la prévision de ma journée de travail de demain.
Plaisir anticipé de la fleur de sel croquant sous la dent.
Parfum de romarin et d’huile d’olive en provenance de la cuisine…
Crisse la feuille de cébette fraîche sous le poids de la lame qui l’émince.
Le sentiment de bonheur : avoir écrit tota die.
L’astreinte d’écrire toutes les quinze minutes sur une journée entière c’est bien joli, mais faut pas abuser : là, je mange. Je pourrais poursuivre après. Je ne le fais pas.
.3 | auto.portrait à l’enfant lecteur
Il existe, chez une institutrice à la retraite, face contre un mur, voilé de salpêtre dans la cave d’un immeuble, craquelé sous les combles d’un mas provençal, bien en vue dans le bureau d’un conseiller financier, éventré au sommet d’un tas d’immondices à brûler, l’huile non signée d’un peintre anonyme qui, au 13 avril 2019, se trouvait exposée parmi d’autres toiles orphelines, dans le hangar malodorant d’un dépôt-vente du Sud-Est de la France, estimée à 76 €. La toile, d’une dimension de 45 cm sur 70, orientée en paysage, est d’une composition déséquilibrée et d’une touche grossière, à peine ébauchée sur sa majeure partie ; cette zone peinte à gauche, au-dessus du sujet principal, laissant le sentiment d’écraser ce personnage, de l’oppresser, n’a vraisemblablement pas été achevée par l’artiste, qu’il ait choisi d’en abandonner la conception ou que le temps, la fatalité ait décidé pour lui, pour elle.
Le jeune garçon dont l’artiste a tout au contraire soigné le portrait, dont les traits harmonieux évoquent la rêverie et la mélancolie, est rencogné au fond d’un fauteuil trop grand pour lui, dans une position étrangement contrainte, tordue. Il est occupé à lire. Son environnement figure une bibliothèque disproportionnée, presque difforme, agressive dans sa laideur. L’enfant n’est pas situé au centre du tableau, mais en bordure, suspendu, absorbé dans son livre, prêt à sortir du cadre, sujet expulsé par la monstruosité des volumes qui le cernent. Je reviens continuellement sur ce tableau. Je pourrais la décrire de mille façons, puisque je ne l’ai pas sous les yeux. Le souvenir que j’en ai demeure imprécis. Il évolue. Figure molle. Description malléable. Je désirais l’acheter. Je ne l’ai pas fait. Je préparais un déménagement. Je ne voulais pas m’encombrer. Je ne l’ai pas fait. À présent, c’est le regret de ne pas avoir acquis cette toile, qui m’encombre.
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espace de travail, dit-on bureau ? _ une table de bois verni dégottée dans une brocante, de 145×70 cm pourvue de deux tiroirs de chaque côté, et d’un cinquième, central _ un calendrier de bois en forme de chat, qui n’est à jour que trois fois par an en moyenne _ à main gauche, un ordinateur portable dédié aux loisirs _ une pile de documents rangés dans des pochettes plastique (cours, documents destinés à l’enseignement et l’animation) _ un cahier grand format garni de notes glanées en ateliers _ chutes de feuilles découpées, où se pressent d’autres notules microscopiques _ idées brutes et urgentes concernant les écrits en cours _ face à moi, second ordinateur portable dédié à l’usage professionnel – il repose sur un set de tissu, afin de ne pas rayer la table _ à main droite, souris sur un tapis (yoga ?) _ une manique protectrice où reposent, au cours du jour, différents récipients contenant boissons _ entrelacs de casque audio, quatre stylos (criterium, plume, bic, feutre effaçable) _ deux tissus spéciaux pour lunettes _ un téléphone portable _ une calculatrice casio fx-180p achetée vers 1985, dont je me sers toujours (mais j’ai quand même changé la pile…) _ une paire de lunettes de soleil qui n’a strictement rien à faire là _ un carnet moleskine noir pour les premières esquisses des écrits en cours _ un carnet illustré qui m’accompagne sur la route _ le XXIXe cahier du journal _ un agenda 2026 _ autres feuilles volantes avec notules, comptes, listes diverses, gribouillis-amorce pour les plumes récalcitrantes, numéros et mails notés à la hâte _ un vase avec quelques roses du jardin, séchées _ quelques pétales tombés dans une zone poussiéreuse qu’il me faudrait nettoyer _ je ne le fais pas
