#chroniques #00 | prologue sous canicule

1 | Question idiote

— Ça va ?

— Oui, mal. Pourquoi ? 

2| Vols de nuit

Le jour finit. La nuit se forme. Elle s’empare des murs de pierres, des arbres aux feuilles immobiles, des reflets de l’eau de la piscine qui me supporte et m’apaise. Insolent privilège en ces temps de canicule. Dans un cap au nord de la Méditerranée, à quelques petits kilomètres du lieu où Antoine de Saint-Exupéry passa la dernière nuit de sa vie, le plaisir, le bonheur infini d’attendre dans l’eau d’avoir presque froid. Et soudain, un trait furtif, puis un autre, un autre encore. Une série de vols noirs, si rapides, si petits qu’ils sont à peine visibles. Dessine-moi une chauve-souris! À bien observer, on comprend : les pipistrelles, elles viennent boire. Elles piquent et s’abreuvent d’un simple touch indiscernable sur la peau de l’eau. Pas une trace, pas une onde. Dessine-moi la pipistrelle, le murin, la barbastelle, la noctule. Impossible. Elles ne se laissent pas observer. Il fait nuit noire à présent et il y a 22 espèces de chiroptères recensées actuellement dans mon île.

3| Porte-fenêtre

De gauche à droite, noir, bleu gris, noir, gris, noir, vert. Une huile sur toile de 116,5 x 89 cm et son centre noir que Matisse a peint en 1914 et à laquelle il ne retouchera jamais. Cette toile est le contraire d’un inachèvement. Elle est un noir sans obscurité, une lumière où nous découvrir.

4| Ecrire

Deux superbes recueils de haïkus, de peintures et de calligraphies de Phan Chanh Thi (éditions pippa). À ma droite sur la table depuis des semaines et toujours pas lus. La tablette sur laquelle je suis en train d’ecrire. Derrière elle mon ordinateur portable de marque Acer. Désormais acerarien tellement les contraintes de Microsoft m’empêchent de tenter même de l’ouvrir. La canicule n’explique pas tout. C’est la lassitude qui occupe ma table de travail.

5| Proposition

Comme au Scrabble. Choisissons les sept lettres du mot ATELIER. À partir de chacune de ces lettres choisissons un mot que nous déploieront dans un bloc de sept phrases. Au total il y aura donc sept blocs à écrire.

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) N 42° 46' 0.12'' E 9° 26' 59.999’’ • son blog Ugo Pandolfi Scriptor

11 commentaires à propos de “#chroniques #00 | prologue sous canicule”

  1. Avant la lassitude
    Traquer l’empêchement
    Estimer son poids
    L’élever à bout de bras.
    Insister s’il est lourd
    Entrer dans la lutte
    Rire de ce combat.

    Après le rire
    Tâtonner
    Explorer
    L’interstice
    Inconnu
    Entrer dans la lutte
    Rire de ce combat.

    Après la traversée
    Troublé,
    Effrayé,
    Lâcher encore,
    Interdire
    Empêcher
    Résister au combat.

    Naïve répartie
    Je laisse qui voudra (ou pas) écrire la suite…
    ET,
    Bravo pour tes toujours si fins « touch » d’écriture

  2. J’aime beaucoup cette série de textes et la réponse de Yael, sympathique ! tes vols de nuit sont très visuels et sensuels : »Elles piquent et s’abreuvent d’un simple touch indiscernable sur la peau de l’eau. » puis une vie à ta table créative avec ses hauts et ses bas . Une vie riche cependant !

  3. La nuit s’empare. le verbe sonne si juste. Ces vols de nuit – traits furtifs n’ont que faire des quarts d’heures et c’est tant mieux – ces traits furtifs restent en tête. ( C’est si beau )
    Un noir sans obscurité est-il un noir clair?
    Pipistrelle acerarien notule et barbatelle chercher l’intrus?
    ( 1/cette question (idiote) un remède contre la peur? une autre espèce de cerarien? )
    Merci Ugo pour ce beau prologue
    ( aile talée étier lié réalité )

    • Merci Nathalie de vos passages, de vos retours et de vos textes.
      Sur noir et lumière, Isabelle Monod-Fontaine écrit :
      « Le choix du noir est de toute manière loin d’être indifférent. Matisse en ces années travaille déjà sur le noir, avec le noir. Pourtant il n’est pas encore en possession du « noir-lumière » qu’il discerne chez Manet, et qu’il mettra en œuvre clans les années qui suivent 1914. »
      Source: https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/cxzdLX

      • Merci Ugo pour noir lumière de Manet ( qui vibre déjà chez Goya ricoche de Manet à Matisse se strie et sourd chez Soulages )

  4. Bon début bien grognon, et en trois mots qui fait dire, Chic v’la Ugo
    Et les quarts d’heures dilués dans le bain frais de la nuit, et les petites malines qui savent boire si finement. Le noir lumière, et son corolaire lumière noire sur des temps qui se perdent….et puis Inventer Tourner Atelier 7 fois dans sa bouche avant de l’ecrire ! Na !
    C