Parfois je hais la mer. Je voudrais l’assécher, trouver la bonde de cette immonde baignoire et la vider, la vider entièrement, ne plus jamais la voir, ne plus jamais l’entendre, arrêter ce bercement de bébé secoué, arrêter ce vacarme du sifflement du vent quand les vagues ont cessé de se mordre elles-mêmes ou d’assiéger les côtes. Et parfois, je suis si bien ici que pourrais mourir là, à cet instant-là, je n’aurai aucun regret
Je n’ai jamais eu le mal de mer. Le bateau me berce, dès que je pose un pied sur le pont, ses mouvements deviennent mes mouvements et petit à petit, on s’accorde l’une à l’autre, on devient un orchestre lui et moi, on joue ensemble
J’ai autrefois vécu à Londres. Dans un appartement, petit, une de ces demi-caves sous le niveau de la rue, le souterrain d’un de ces immeubles anciens, anciennement chic, un peu moins chic mais toujours cher lorsque j’y étais. Il y faisait humide, mais un humide moisi, pas cet humide salé qu’on a avec la mer. Le sel me manque loin de la mer, l’iode peut-être plus, je ne fais pas la différence entre les deux sur ma peau, enfin ce poisseux-là, celui de l’humidité de la mer. Pas l’eau de mer liquide, mais l’eau de mer presque sèche sans être tout à fait ce cartonné blanchâtre des habits trop salé qui sèchent au soleil. Une sécheresse souple et un peu visqueuse. Comme une peau de poisson, ou plutôt de baleine, parce qu’elle n’a pas d’écailles
Codicille :
Pas complètement sûre d'avoir tout bien compris de la proposition, mais les morceaux ci-dessus sont représentatifs (je pense) de ce qu'on devrait trouver dans les aventures de M (anciennement Mow) lors de sa balade sur la mer salée vers les Shetland. Prévues dans mes idées, des discussions dans le carré autour d'une tasse de thé ou d'un petit verre de whisky (passage par l'Ecosse obligera ;-))