1 | du monde
Comment va le monde ? Maintenant, là tout de suite, mi-figue mi-raisin, tous deux loin d’être mûrs mais déjà rabougris.
2 | le réel
Le vent frais par la fenêtre qui fait voler les branches des arbres et les feuilles de la salle. La robe fleurie de l’AESH, comme un soupçon d’optimisme et d’encouragement en plus du sourire et de la voix douce. L’élève à la chemise blanche boutonnée jusqu’en haut et bien boutonnée, bien serrée, aux poignets. Ils sont tous habillés de blanc. Salle vide, 4 tables, 5 chaises, et le reste rangé sur le côté, en attente de la rentrée. La porte qu’il faut caler avec une chaise car elle se ferme et s’ouvre au milieu du silence : on la laissera donc ouverte. Ils ont tous des pochettes, bleues, rouges, bleues et rouges surtout. Le gobelet est vert aujourd’hui. La voix de la collègue examinatrice qui bondit du couloir jusqu’à ma salle, elle demande aux élèves de respecter ceux qui passent dans le silence. Feuille de brouillon bleu, stylo à encre bleu, robe bleue, sol bleu. Je n’ai pas eu de regard adressé. Elle avait une toute petite voix, prête à s’échapper. La montre au bracelet argent beaucoup trop grand pour son poignet. Salle vide. Rangés 3 par 3, assis devant les salles. Fenêtre entrouverte en oscillo-battant, pas de bruit. Il écrit au style sur son brouillon. Feuilles vertes aujourd’hui pour l’après-midi. Toujours les nuages passent et le ciel est changeant. La chaîne en or à grosses mailles qui brille dans le col de la chemise. La chaise, ma chaise, grince. Porte ouverte, courant d’air. Parfum qui apaise et qui embaume, parfum que je sens jusqu’à ma place. Bruit frénétique de la pointe du stylo sur la feuille sur la table.
3 | écrire
« un été à soi au fond de la baignoire »
Nu à la baignoire. Nu dans la baignoire. Les deux titres existent. Comme une invitation à un été tranquille au bord de la mer qui pour des raisons, des raisons circonstancielles, se fera plutôt à la baignoire dans le cocon de faïence d’un ciel coloré carreau par carreau. Nu, bien plus nu que sur la plage, un été à soi au fond de sa baignoire. Le soleil brille et se reflète sur le carreau. Nimbée de soleil et nue dans la baignoire. A la baignoire on y est nue et délassée. Délassement à la baignoire. Comme un été sans fin au fond de l’eau. Un fond d’eau qui laisse mi-immergée, mi-émergée, une demie torpeur estivale. Mon été à la baignoire.
4 | de soi-même et d’écrire
Je travaille sur la grande table à manger qui n’accueille que les déjeuners du samedi, mais le reste du temps c’est ma table de travail mais aussi la table de l’appartement. Au plus près de moi ce qu’il faut pour écrire, pour écrire vraiment avec le geste : le grand cahier, les trois petits carnets, le stylo plume, le stylo noir, le stylo bleu, le stylo rouge, le stylo vert. De quoi écrire, vraiment écrire, avec le geste, donc. Et puis un peu plus loin, à distance d’avant-bras, l’ordinateur, parfois éteint quand je veux écrire, vraiment écrire, toujours attaché à sa source d’alimentation, ce petit ordinateur portable, et attachés à lui les écouteurs, toujours attachés eux aussi au cas où (la manie de les raccrocher après chaque décrochage alors même que je ne vais pas les utiliser, comme pour les ranger ainsi accrochés à quelque chose, à leur place d’écouteurs). Mais sur la table qui est d’abord table avant bureau, les choses qui attendent, zone transitoire : le carton qui attend d’être jeté, le verre qui attend d’être lavé, le déodorant qui attend d’être racheté (car les objets sur la table sont des pense-bête encombrants). Les débris d’un petit atelier d’emballage de cadeau en bout de table : le scotch, les ciseaux, le marqueur. Le matin pour écrire, je pousse le tout sur la grande table au milieu du salon.