1. Du monde.
En vrai, il est chaleur. En vrai, il ultra-trail. En vrai, il performe sur Strava. En vrai, il ironman. En vrai, il burn-out. En vrai, il parie en ligne. En vrai, il dit “en vrai” quand, il commence une phrase. En vrai, il prompte. En vrai, il glose. En vrai, il buzze. En vrai, il nexte. En vrai, il bruisse d’écholalies. En vrai, il cherche ses identifiants. En vrai, il cherche ses mots de passe, un peu tout le temps. En vrai, il sature de mystifications, de notifications. En vrai, il se rue de ventes privées en vente privées. En vrai, il épuise et s’épuise en ressources. En vrai, il dit : “flemme!” En vrai, il green-wash. En vrai, il vit trash. En vrai, il boit de la vodka redbull. En vrai, il puffe. En vrai, il tousse. En vrai, il tronçonne. En vrai, il fait des coupes budgétaires. En vrai, il brûle. En vrai, il compulse. En vrai, il penche à l’extrême-droite. En vrai, il n’accueille pas toute sa misère. En vrai, il contrôle ses frontières. En vrai, il contrôle ses affects. En vrai, il contrôle ses agents. En vrai, il contrôle cohercitif celle qu’il croit posséder. Sidéré, en vrai. Dissocié, en vrai. Désenchanté, en vrai. En vrai, il se mure en silence, ou vire dans sa furie. En vrai, il ne se reconnaît pas. En vrai, il bullshit job. En vrai, il bannit ses enfants les plus éprouvés. En vrai, il tire sur ses liens d’attachement. En vrai, il charrie ses psychotraumas. En vrai, il court-circuite ses désirs. En vrai, il renonce à l’utopie. En vrai, il se nourrit de faux-semblants. En vrai, il s’éloigne de sa conscience. En vrai, il dévie du vivant. En vrai, il effrite sa mémoire. En vrai, il vit ses hivers derniers. En vrai, pour ça il est trop tard. En vrai, ce qu’il lui reste. En vrai, il a sa jeunesse. En vrai, il a les mots. En vrai, il a sa mémoire. En vrai, il a toute sa tête. En vrai, il a ses fêtes. En vrai, il a l’humour. En vrai, il a l’amour. En vrai, il a ce funiculaire nommé désir. En vrai, il compte ses oiseaux, ses lunes et ses jours.
2. Du réel
C’est juste après l’alarme du réveil que le téléphone vibre, numéro privé, un appel pour dire je ne viendrai pas.
Du café dans la tasse et tout ce mal-être dans cette deuxième conversation pour donner un sens à sa présence à l’épreuve de mathématiques du diplôme national du brevet.
Ne pas perdre le fil du temps, l’heure en chiffres sur le chauffage de la salle de bain.
Au rond-point, deux appels. Annoncer mon arrivée pour faire le taxi au pied de la barre d’immeuble, et insister pour qu’elle sorte du lit.
Quatrième appel. – À quatre heures du matin, la voisine est venue en mode perquise parce qu’il y avait trop de bordel au foyer. Je peux pas me lever avec les médicaments que je prends.
Le grand-père au téléphone qui recouvre la voix de sa petite-fille. – Je suis fier d’elle. Elle sera à l’heure, je la pause en voiture. Là on est devant l’usine Alibert où j’ai travaillé pendant trente ans.
Elle arrive avec un chien dans sa carriole derrière son vélo au moment où j’interpellle un élève qui descend du tram. Dépêche-toi!
On trouve une vieille calculatrice au fond d’un tiroir pour celui qui n’en a pas. Mais qu’est-ce que c’est que tous ces symboles sur l’écran ?
Elle s’est rendormie. Voix désabusée de l’éduc au téléphone. – Elle ne viendra pas.
Quels mots pour exprimer toute sa gratitude sur une carte postale à une collègue qui prendra sa retraite en septembre prochain?
Mauvaise impression. C’est pas le bon nom sur la feuille qui sort.
– C’est dingo les chiffres changent! De 1017 à 1022… ça doit être ça! Ah mais en fait, ça dépend du nombre de responsables légaux!
Notification d’affection. Vœu de rang 1 admise. CAP employée polyvalent du commerce. Lycée Emmanuel Mounier.
– Ça me casse les couilles ton brevet de fils de pute! Assis dans l’escalier en tirant sur sa puff.
Il pleure sur un banc.
Il tourne en rond dans l’ombre et la fournaise devant le portail.
Mettre le chaise en cercle. Des fraises Tagada dans les assiettes. Des gobelets sur la table. Une bouteille de coca. Une bouteille d’orangina.
Il y a un an, un escalier. Et maintenant…
– Cette année est passée vraiment vite et je voulais vous remercier merci pour tout ce que vous m’avez appris cette année. Merci pour votre patience, votre gentillesse, vos conseils et le temps que vous avez pris pour m’aider à progresser. Même si certains cours n’étaient pas toujours faciles, vous avez toujours été là pour m’encourager et me pousser à donner le meilleur de moi-même. J’ai passé une très belle année et je garderai de très bons souvenirs et je vous en suis vraiment reconnaissante de tout ce que vous m’avez apporté. Je vous souhaite de très bonnes vacances. Encore un grand merci pour cette belle année! Je ne l’oublierai pas !
Tu es irremplaçable et je te le dis, personne ne prendra ta place.
Avec cet œil-là et ce sourire-là pour l’agent d’accueil, je l’aide à franchir le portail vers la rue en lui serrant la main et lui donne l’accolade.
Un tupperware avec des pâtes froides que je mélange à du maquereau à la moutarde. Il fait bien 28 degrés dans cette pièce.
Entre ses deux parents. Je lui lis son affectation. Affectation, quel mot pour dire un futur proche… Il redresse la tête quand j’insiste. – Je serai toujours là pour toi.
Né à Homs, il y a 14 ans, il fait récit. Les années dans les camps en Turquie, les années en attente au Maroc, la France, première expérience scolaire à 8 ans.
3. Ecrire avec.
Dans le bleu de mes arrières-mondes.
Ce grand amour bleu.
Par l’étagement des lèvres.
Et des regards quadruples.
L’état du mouvement.
Vers un baiser.
C’est transparent.
Avec une éruption incarnat.
Derrière la tête.
Dans la tête.
Tout un village.
De ce village, les escarpements.
En toi, les toits.
Puis des voiles sans vent.
En toi, ces toiles.
Plein la poitrine.
Et la coque pistache qui te frôle l’épaule.
Sous un rameau art déco.
Par-dessus des visages amoureux.
Par-dessus des émotions.
Des ombres vertes.
Sur tes pommettes.
Le long de tes joues et de ton cou.
Le long de tes avant-bras et de tes poignets.
Une jonction de nos mains.
Par le parcours des doigts.
Transparences ou superpositions des plans de l’existence.
Ce grand amour bleu.
Notre maintenant.
Un gant que tu retires.
Méditerranée partout.
Grand amour en visage.
Grand amour en rivage.
Grand amour en village.
Grand amour en paysage.
C’est parlant.
Cette idylle bleue.
Ça se réfléchit.
Avec l’aujourdhui.
D’un beau juillet qui s’ouvre.
Sur tes cils et tes cheveux bleus.
Quelque chose me dit.
Le lien à l’enfance.
À la main maternelle.
À l’œil maternel.
Aux déambulations rituelles dans le vaste musée.
Un de ces jours de pluie.
Pendant les vacances de la Toussaint.
Le regard attiré vers ce cadre-là.
Et l’imaginaire qu’il active.
L’empreinte visuelle.
Quelque chose me dit.
Le lien à la raison d’être.
Au mur de la salle d’accueil.
Pour les enfants errants.
Énergumènes.
Abonnées absente et abonnés absents.
Ecolières, écoliers quand ça leur chante.
Échos liés.
Est-ce que cette affiche les interrogent?
Est-ce qu’elle leur parle?
Pourquoi l’amour ?
Quel est le goût du merveilleux?
Qu’est-ce que les amants de Picabia ont à dire au pompiste de la station service d’Hopper sur le mur opposé?
4. De soi-même
Tablette plastique à l’arrière du dossier. Du bout du doigt sur l’écran tactile. Une gourde dans le filet. Un vaporisateur bleu avec un petit ventilateur électrique. Ton éventail replié. Mes Adidas sur le marche-pied. Un sac en papier qui provient de la pharmacie.
5. À la cantonade
Pas un jour sans…