#chroniques #01 | dans la chaleur

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Le monde qui vient ne laisse aucune chance aux animaux mammifères dont nous sommes 

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panneau d’affichage|dans onze minutes le train|pancarte sur un mur|interdit de fumer|vapoter est interdit|aucune zone à l’ombre|dans sept minutes le train|nulle part où s’assoir|deux reposes fesses en plein soleil|une voix dans un haut-parleur|s’éloigner de la voie|bleue la rame

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Toujours un mauvais rêve suspend son sommeil. Toujours la crainte de ne pas pouvoir se rendormir. Crainte aussi de retrouver le cauchemar. Toujours se lever pour vérifier la nuit sur la mer, les lumières de pêcheurs à l’horizon.La présence d’un ferry proche de la côte le rassure sur la proximité du matin.Si l’aube est encore loin, toujours le rituel s’impose : descendre l’escalier dans le noir, ouvrir le réfrigérateur, boire de l’eau gazeuse. Quand il remonte dans sa chambre, serein,il retrouve ses chats qui ne comprennent pas ce que fait cet humain agité dans leur lit.

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Faire livre. Audace, tentative, expérimenter. Un format carré. Une couverture rigide. Attention minimale sur le contenu. Mise en page hâtive. Tous les efforts sur la fabrication, les contraintes et les facilités de l’impression à la demande. Attente, délais. L’objet enfin. Tenir en mains. Examiner. Tout observer. Tout rechercher. L’objet est satisfaisant. Il est beau. Prix de reviens tout à fait acceptable. Frais de port un peu excessifs sur cette plate-forme allemande. Mais bonne qualité du papier, de l’impression, du service. Une solution si un jour on choisissait d’écrire un peu plus sérieusement.

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À lui, à elle, aux membres de sa famille, je dis toujours bonjour. Nous nous croisons souvent. Parfois de jour. Le plus souvent de nuit. Lui, elle -je ne sais jamais- sur un mur ou au plafond. Nous nous observons. Je parle. Ils restent silencieux. Puis soudain s’échappent. Ils savent qu’ils ne peuvent pas faire confiance aux humains. C’est pour cela qu’ils ne nous adressent jamais la parole. Aux antipodes, leurs cousins émettent un cri régulier qui ne nous est pas destiné pour autant. Ils ne m’ont jamais laissé enregistrer leurs voix.

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) N 42° 46' 0.12'' E 9° 26' 59.999’’ • son blog Ugo Pandolfi Scriptor

14 commentaires à propos de “#chroniques #01 | dans la chaleur”

  1. merci Ugo de montrer qu’on n’a pas besoin de 8000 signes pour dire beaucoup

  2. Bon Ugo, comme d’habitude, pris plaisir à te lire
    Je ne boirai plus d’eau gazeuse, la nuit, sans penser à toi

  3. Merci pour cette ouverture essentielle Ugo. ( il y a donc un livre à dos rigide à découvrir bientôt?)

  4. Je suis d’accord avec Danièle, une tension narrative en quelques mots.
    J’ai aussi aimé « vérifier la nuit sur la mer », et merci pour le sourire du matin : ses chats qui ne comprennent pas ce que fait cet humain agité dans leur lit.

  5. Des images qui surgissent pour créer une matière. Superbe ces étranges formes vivantes qui poussent des cris qui pour autant ne nous sont pas destinés.

  6. J’aime beaucoup l’univers de ces phrases courtes et de ces fragments de réel (gestes et paysages). Rien de trop. Oui, ça crée une tension narrative, et puis ce fil des animaux et nous, humains, animaux que nous sommes dans ce monde en commun. Merci Ugo !