#chroniques #01 | la mort ce n’est pas vendeur

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Il faudrait pour apprendre à vivre, mourir et revivre sa vie, mais en avez-vous envie ?

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Le silence, l’obscurité, la partie commence, je sais ce que je veux éviter, je connais le chemin que je prends pour l’éviter, je traîne dans mes pensées faciles, je repense au projet en cours, j’y reviens, mais là, dans un coin, cette pensée attend, j’empêche mon cerveau de se tourner dans cette direction, je le bloque, je réfléchis vite à un recours, je pars dans le passé, là je n’ai qu’à rejouer un film déjà vu, le laisser défilé lentement, je sens mon corps fatigué, je crois avoir gagné la partie, je ferme les yeux, je m’enfonce dans les draps, j’attends, et cette pensée est là, comme un phare m’éclairant dans le noir, je ne vois qu’elle, j’ai perdu, elle a gagné, je le savais depuis le début, je connaissais la fin de cette bataille, j’espérerais que mon corps tombe, mais mon esprit l’a empêché, alors je rejoue, les mots, les scènes, dans l’ordre, dans le désordre, je répète, je radote, j’use les mots, en me mentant, comme si tout cela pouvait s’user, mais c’est inoxydable les remords, c’est inoxydable la peine, c’est inoxydables les regrets, tout est gravé dans l’acier brillant, chaque lettre est bien définie. Peut-être qu’il faut le travail de ces nuits pour attaquer cette matière, la rendre presque acceptable.

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Le carrefour : je suis fatigué des exercices, je n’ai plus le temps pour m’asseoir sur une petite chaise en bois qui me fait mal au dos, de me plier sur ma table, de me battre pour rendre une copie sans tâche. Je n’ai plus l’âge, plus d’énergie pour m’infliger des lignes à copier. J’aime trop ma liberté. Et je suis convaincu (j’ai mis du temps à le comprendre) que la grande difficulté à laquelle un artiste doit se confronter, le combat qu’il doit mener, c’est celui de conquérir un espace de liberté, un endroit où il sera « lui », et pas celui que les autres voudraient qu’il soit. Alors je fais mes tâches en chantant et mon dos me remercie.

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Travaux en cours :

Je me suis lancé dans une aventure, après tout la vie est peut—être encore plus belle quand on prend des risques (relatif, je ne risque que l’échec, si le ridicule était mortel je n’écrirais pas ce texte).
J’ai donc décidé d’écrire une chanson, une chanson que j’offrirais à mes enfants, une chanson qui leur dirait qu’il faut croire aux mots d’amour, qu’il faut croire en soi, qu’il faut fuit la solitude, que malgré les échecs, les coups, il faut s’obliger à aller vers les autres, que les rêves sont faits pour être réalisés, tout du moins qu’il faut essayer de toutes ses forces de les réaliser ; on est loin d’un texte littéraire, où l’on chasse l’émotion comme la peste, où l’on veut du verbe et des mots, de l’intelligence et de l’ennui, au contraire je veux un texte simple comme le baiser d’un être cher, pas deux kilos de verbiages stériles. J’ai donc pris ma guitare et sous mes doigts est venu un riff, il m’a été inspiré par un morceau d’un groupe anglais, une chanson dont le sujet est : cette fille qui nous ne faisait rêver à quinze ans, et laquelle on rêve toute sa vie. J’adore ce rift simple, je l’ai découvert il y a quelque temps sur Instagram, une jolie femme blonde aux cheveux courts, elle était âgée d’une cinquantaine d’années et elle dansait dans sa cuisine sur ce morceau, elle était heureuse, simplement heureuse. J’ai regardé cette vidéo plusieurs fois, c’était apaisant de regarder cette femme danser en toute liberté, riante et heureuse . J’ai cherché le morceau sur ma plateforme, puis j’ai donc appris ce riff sur ma guitare, il était assez simple (comme les bonnes choses), et en le jouant je me suis demandé est-ce qu’on peut faire encore plus simple, et j’ai trouvé encore plus simple, deux accords de puissance en boucle (la chanson de ce groupe tourne sur trois accords). J’ai cherché un rythme pour donner un peu de vie à ces deux accords, un rythme légèrement différent de celui de la chanson de référence, j’avais donc un rock simple et syncopé. Aujourd’hui c’est une berceuse, je crois que quand je m’adresse en pensée à mes enfants je ne peux m’empêcher d’être tendre et bienveillant, cette berceuse vient de ce rock presque punk. Je vous raconterais la suite une autre fois.

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La mort ce n’est pas vendeur.

Je vous propose d’écrire sur la mort, pas sur celle d’un proche, ni d’écrire sur ce manque, ni sur la douleur qui dure, je vous propose d’écrire sur la mort d’un de vos personnages, ou d’un animal inconnu, d’un astre, ou d’une plante, je vous demande d’écrire sur cette fin de l’histoire, sur ce moment que nous partageons avec tous les êtres vivants, après tout il faut savoir finir, autant s’entraîner.
Marguerite Duras a écrit quelques pages sur la mort d’une mouche, je vous invite à les lire.

A propos de Laurent Stratos

J'écris des histoires. « Les histoires ne sont pas des T-shirts souvenirs ou des jeux électroniques. Ce sont des reliques, issues d’un monde préexistant, encore inconnu. Le travail de l’écrivain consiste à utiliser les outils de sa boîte à outils pour les extraire du sol, aussi intégralement que possible, en les laissant aussi intactes que possible » S. King

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