1
Un monde qui s’interroge est un monde qui grandit.
2
La grande allée longeant la forêt débouche sur un carrefour ouvert aux quatre vents. Paris, le Sud, l’Essonne, la Seine et Marne, tout passe par cette Nationale 7 qui forme un noeud de circulation dans lequel les voitures s’engouffrent à la recherche d’une issue. Pas d’hésitation possible. Pare-choc contre pare-choc face aux feux rouges. Tout le monde se trompe de direction. C’est un carrefour qui emprunte trop de chemins. Grimpeurs, vacanciers, travailleurs, tous se précipitent et s’entrecroisent. Petite pause à la station essence BP. Glace, fraîcheur, coca-cola ou salade pour le soir. Et parfois, dans la nuit, des sangliers traversent tranquillement obligeant les voitures à s’écarter.
3
Il dort. Je l’écoute. Il dort. Je m’énerve. Il dort. Mais pourquoi dort-il ? Il dort. Je me lève. Il dort. Mais comment peut-il dormir ? Il dort. J’ouvre la porte du réfrigérateur. Il dort. Je mange un yaourt éclairé par l’intérieur du réfrigérateur. Il dort. Je ne dors pas. Il dort. Et si je le réveillais ? Il dort. Je regarde les chiens. Il dort. Eux me regardent. Il dort. J’allume mon téléphone. Il dort. Je scrolle. Il dort. Je me rallonge. Il dort. Je lis. Il dort. J’ai chaud. Il dort. Je me lève. Il dort. Je veux parler. Il dort. Il m’énerve. Il dort. Je marche dans le couloir. Il dort. Je scrute la nuit. Il dort. Je regarde l’heure. Il dort. Je vais faire pipi. Il dort. Il ne se réveille pas. Il dort. Je me gratte. Il dort. Et si je sortais ? Il dort. Je compte les étoiles. Il dort. J’ai soif. Il dort. Je tourne en rond. Il dort. Je le déteste. Il dort. Je le regarde. Il dort. Je travaille. Il dort. Je m’endors. Il se réveille. Je dors.
4
Je n’ai pas aimé mon enfance et je l’ai réalisé en tant qu’adulte. J’ai été élevée pour être hors du monde mais je déteste cela. J’ai passé ma vie à chercher ma place. Je suis pleine d’amour pour les gens, mon homme, mes chiens et mes enfants. J’ai obtenu tout ce que je ne voulais pas. J’ai trop rêvé, trop désiré. Je ne veux plus rien attendre. Je veux vivre. L’écriture m’a toujours accompagnée. Je pensais que les acteurs et actrices jouaient derrière les écrans. Je voulais entrer dans les films et vivre avec eux. J’ai toujours voulu m’échapper de chez moi. J’ai heureusement trouvé ma maison. J’ai passé mes premières années à Paris seule. Je me suis fait amie avec un cordonnier. Un argentin. Il est mort. J’aimerais parfois être dans le cadre. J’aime me voir vieillir. Je me sens mieux. Je veux chérir encore et toujours la vie. Je suis éternellement reconnaissante pour cet espace de littérature. J’aime lire les autres. Je voulais entrer au couvent. Mais ça c’était avant. Je pense que nous ne faisons qu’un mais que nous ne le savons pas. Je pense que l’expérience de vie est infiniment précieuse. J’aimerais préparer ma mort. Je voudrai courir jusqu’à mon dernier souffle. Et la forêt. Dans les arbres. Parfois j’aime tellement que cela déborde dans tout mon corps. Je voudrais savoir écrire. J’aime chercher et creuser et interroger. Parfois, j’aimerais avoir une place mais je ne comprends pas comment ça marche. Je ne suis plus naïve. Mais je cultive un émerveillement. Je ne veux pas être aigrie ou amère. Je veux rester amoureuse et que cet amour ruisselle de partout.
5
Sept heures du matin, un chien au bout de chaque bras, l’air frais de la forêt. Soudain, les chiens s’arrêtent et lui aussi. Grand, majestueux, ses yeux rivés sur nous, il se tient, là, surpris de nos présences. Temps suspendu. Et à peine l’ai-je regardé qu’il n’est plus. Il court, bois au vent, sur les chemins sauvages.
Bonjour Clarence, j’ai beaucoup aimé cette insomnie ni partagée et la belle apparition du cerf