#chroniques #01 | Une précision d’horloger

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Spontanément m’est venue cette adaptation largement utilisée de la célèbre phrase de Kennedy que tout le monde connaît (« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays »)
« Ne demandez pas ce que le monde peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le monde »

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C’est le carrefour par excellence, tout s’y croise en un tourbillon incessant à n’importe quelle heure de la journée, trams, bus, voitures, camions, trottinettes, vélos, piétons. Ça surgit de partout. Avec ou sans feu de signalisation, la prudence est de mise. C’est aussi le terminus de plusieurs lignes de bus qui restent garés le long de deux des rues qui y mènent puis émergent et repartent dans leurs directions respectives. Au centre, un square, le square des Héros. Un monument aux héros de la commune d’Uccle morts pour la patrie lors de la grande guerre domine le square qui est en pente. Personne ne s’y attarde jamais sauf peut-être si une commémoration est célébrée le 11 novembre, ce que j’ignore. Quand je débarque de l’un de ces bus, c’est la fin d’après-midi, je me dirige vers ce carrefour que je dois franchir pour rentrer chez moi et vu l’heure, si le ciel est dégagé, je suis immanquablement aveuglée par le soleil malgré les lunettes solaires, mais j’avance, que faire d’autre ? Je traverse le carrefour dans un sens ou dans l’autre en fonction du feu qui est vert en face de moi. Je continue d’avancer, d’autres carrefours m’attendent.

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Il est quatre heures, je me réveille (mais il pourrait tout aussi bien être quatre heures trente ou cinq heures). L’insomnie a presque une précision d’horloger. Je m’endors à vingt-trois heures, je me réveille à quatre heures, je m’endors à vingt-trois heures trente, je me réveille à quatre heures trente et ainsi de suite. J’ouvre les yeux et immédiatement j’évalue la clarté qui transparaît par les stores, la clarté ou l’obscurité qui imprègnent la pièce. Le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. J’évalue aussi mon état intérieur. Je sais que je ne vais pas me rendormir. On sent ces choses-là. Quatre heures est comme un tournant dans la nuit, une charnière. Vers deux ou trois heures, je peux me rendormir, non sans avoir parfois dû recourir à une bonne heure de lecture. Mais à l’approche de quatre heures, les chances d’un endormissement s’amenuisent. Alors, je me couche sur le dos. Je ne dors pas sur le dos. La machine à penser tous azimuts et son étroite collaboratrice l’anxiété s’enclenchent pour la journée. Rien d’autre ne s’invite, pas même l’écriture, je n’ai pas de carnet près de mon lit. Oui, mais les rêves, pourquoi ne pas les noter ?  La plupart du temps, je ne me souviens pas de mes rêves et si je m’en souviens, je n’en suis pas toujours heureuse. Il ne faut pas se lever, disent les conseilleurs, sous peine de ne pas pouvoir monter dans le prochain train du sommeil. Cela a du sens, plus on s’active moins on a envie de dormir, logique. Et puis la petite voix intérieure toujours là qui serine : il faut dormir, il faut dormir, attention, ce n’est pas bon de ne pas dormir ! Au bout de quelques minutes, la chose à ne pas faire, je saisis mon téléphone, je désactive le mode avion et je commence à naviguer. Je consulte ma boîte mails. Qui envoie un mail au milieu de la nuit ? J’ai une amie qui ne dort pas beaucoup non plus, mais on ne s’envoie pas des sms la nuit, encore moins des mails. Ensuite c’est Facebook, puis YouTube, ils y passent tous. Je chasse la petite voix même si je l’écoute à demi :  je ne me lève pas, sauf pour aller aux toilettes. Je ne me délecte pas de la solitude ou du calme au dehors avant que la maisonnée ou la ville s’éveillent. Alors je me cale deux oreillers dans le dos et je mets à lire. Entre-temps, l’horloge de mon téléphone indique quatre heures quarante. Le manque de sommeil vient perturber ma lecture. J’intime le silence à la petite voix. Avec grande autorité. Bientôt six heures, ça ne vaut plus la peine d’essayer de me rendormir. Je me lève, la journée commence.

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J’aime me coucher avec les poules que je n’ai pas. Mes parfums de glace préférés sont pistache et chocolat et dans un cornet, c’est parfait. J’évite de me coucher avec les poules pour les raisons décrites dans la 3|. J’aime l’amertume du thé vert Earl Grey quand il a infusé longtemps. On compare certains humains à des moutons et  cela me chagrine, pour les moutons. Quand j’écris, je rêvasse beaucoup et même quand je n’écris pas. J’admire les oiseaux, ils peuvent aller dans les îles quand ils veulent. L’Islande, les îles Féroé, les îles Lofoten, les îles du Nord me fascinent. J’ai redécouvert en août dernier un film d’enfance tiré du livre Ring of Bright Water de Gavin Maxwell, un délice. Je vis avec deux chats, je suis donc une « femme à chats », voire une « maman chats ». J’aime les îles mais pas au point d’aller sur une île déserte. J’aime le chocolat mais je ne mange jamais toute la tablette en une fois. Je suis persil plutôt que coriandre. La bière n’est pas ma tasse de thé. 

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Cette semaine, je prenais des photos pour mon journal-images quand je suis tombée sur un groupe de pigeons qui picoraient sur le côté du trottoir. Sans doute une dame âgée ou un enfant avaient dû leur déposer du pain sec ou des graines. A part les personnes qui les nourrissent qui s’en soucie ? Il y en a tellement, il y en a trop. Je m’attarde. L’un d’eux se détache du groupe. Il s’approche doucement. Je décide d’en faire le personnage central d’une de mes photos. C’est un pigeon des villes tout classique, un pigeon biset gris clair, mais à bien y regarder son plumage offre un dégradé de gris, gris foncé sur le cou irisé de vert émeraude et de violet, gris plus clair sur le plastron et la tête et gris clair sur le ventre et le haut des pattes, sa pupille est un point noir au milieu d’une tête d’épingle orangée cerclée de gris très clair presque blanc. Ses pattes sont rouges. Ses congénères restent en retrait comme pour ne pas lui voler la vedette. Je les photographie et lentement poursuis mon chemin.

A propos de Catherine K.

Mon nom complet est Catherine Koeckx (prononcer Kouks). Citadine depuis toujours mais avide de nature et de grands espaces que je partage par la photo ou l’aquarelle (www.catherinekoeckx.be), je suis aussi passionnée par la ville (@bruxelles_autrement). Bruxelles mais pas que... J’ai publié Le Guide lovecraftien de Providence en 2021 (disponible sur Amazon.fr ou sur commande privée). Je viens de lancer mon blog littéraire Itinéraires pluriels (https://itinerairespluriels.wordpress.com).

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