#chroniques #02 | Nos reflets

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Comment dire sans se tromper toujours un peu

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Renée pose ses pieds nus au sol, enfile ses pantoufles, va jusqu’à la fenêtre ouvre les rideaux c’est lumineux, elle ouvre grand la fenêtre les bruits du dehors, les sabots des chevaux et les gens qui vivent, elle vérifie la moisissure derrière la porte de sa chambre, elle sent avant d’ouvrir le café chaud qui l’attend.
Renée ouvre les rideaux et la fenêtre. Elle se regarde dans le miroir au-dessus de l’horloge, elle rentre ses joues, la moisissure derrière la porte est plus importante que la veille.
Renée pose ses pieds au sol. Elle ouvre grand les rideaux et la fenêtre dehors est gris. Elle sort en évitant son reflet au miroir, la journée est lourde.
Renée pose ses pieds nus au sol, enfile ses pantoufles et va pour sortir, elle sent l’odeur du café chaud elle se retourne, elle n’a pas défait les rideaux la fenêtre est fermée ce n’est pas grave, elle le fera après.
Renée ne se lève pas aujourd’hui, l’horloge retarde depuis deux jours, le café lui donne des crampes, elle n’est pas complètement nauséeuse, elle est triste.
Renée pose ses pieds au sol. Elle reste un moment ainsi sans bouger.
Renée reste allongée et écoute les bruits de la rue. Elle sent que son miroir la regarde.

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Ce serait le récit d’une rue après l’autre qu’on découvrirait comme une première fois même si on connait déjà, avec ses gens et ses bruits, ses pierres, une rue après l’autre, s’il y a un carrefour, on suivrait une envie, un souffle, le sens du vent, une personne, un son, quelque chose qui roule au sol, peut-être tracerait-on des flèches, peut-être pas, peut-être que tourner en rond est un état et qu’il s’agit uniquement de regard, mais admettons des flèches, et une nouvelle rue, et s’il n’y a plus de rue mais des champs, des fleuves, des arbres, faire pareil qu’avec les rues, remarquer les couleurs, les textures, les sons, quelle est la musique qu’on entend partout, et le langage, de quoi parle-t-on, et puis après les champs, s’il n’y a que la mer, attendre le bateau et s’y risquer et s’arrêter à la première île, même si c’est un ilot et qu’une seule enjambée suffit pour traverser, mettre le pied partout où le chemin mène, ne pas contourner la montagne aller à son sommet et redescendre de l’autre côté, prendre la rue du soleil et se fatiguer, prendre la rue du sable dormir là quelques temps, et puis, après de longues marches, désirer retrouver une de ces flèches du début car le regard est de moins en moins neuf et les jambes fatiguent, je n’ai pas fui voyez, joliment mon retour, voici je suis vieille, le récit d’une rue après l’autre.

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Drouot a fermé jeudi soir. J’ai à présent toute la matière vraie. Je dois faire tout le faux. 

Quelque chose s’échappe entre le bleu que j’écris et le bleu qui rayonne, entre le bleu que tu lis et celui que j’ai tracé vite, être au plus près mais de là à là c’est déjà si loin, j’ai perdu l’oxygène du mot, j’ai perdu son liquide, il est rêche alors qu’il flottait, quelque chose s’échappe entre là et là, comme s’il s’agissait d’une fleur coupée, les mots que j’écris finissent tous par être des mots séchés ils perdent un pétale qui s’échappe dans un lieu inconnu, je cherche l’alchimie qui les rendra flottants encore sur la page, palpables et mouvants, je cherche ce qui ne se figera jamais, en défiant les lignes et les cadres pour que le poisson péché reste à jamais vivant, sans agonie.

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