#Chroniques #01 | Movimento


movimento: chronique#01

1) un monde qui…

Un monde qui laisse ruisseler ses larmes pourrait penser à se secouer sismiquement pour fissurer ses croûtes de béton

Installation spontanée , mots entaillés au burin sur macadam; semés d’onagre, coquelicots, chardons pissenlits et autre mauvaises graines , avec ombres de lettrages en petits cailloux 

Tant de choses, disait-elle, se règlent par la danse,

Plein de choses, sauf ce monde, qui ne tourne plus rond ( boost #07)


2 | le réel, le réel, encore le réel


Sur la digue dangereuse et interdite: un enfant ne s’y aventure pas mais tord le panneau sans qu’aucun reproche ne lui soit formulé, un peu au large, une nuée d’harles bièvres nagent en escadron, attirant le regard de certains baigneurs, ou suscitant l’indifférence aux canards des bronzeurs de digue interdite, un couple s’installe bloquant le passage, serviette rose sur pierres noires brûlantes, une cane vigilante amène ses cinq canetons pour brouter les mousses , ils bombent le torse et agitent leurs moignons d’ailes, la cane en retrait guette à droite à gauche, mais les laisse frôler les baigneurs et même ceux qui bronzent sur la digue, elle guette la plage au loin, donne l’alerte quand un enfant se précipite malgré les rappels à l’ordre. Ciel strié d’oiseaux: alternance de rapaces et de goélands. Deux kayakistes débarquent sur la plage, l’une pieds nus, l’autre immerge ses baskets, elles finissent par emprunter la digue pour aller plus au large; un enfant joue à rouler un tronc dans l’eau jusqu’à la plage , père sollicité pour le lâcher depuis la digue, bravant le danger, tongs, charge lourde et rochers déchirés.


3 | écrire avec Clarice Lispector

    Pourrai-je trouver en journée, un moment aussi libre que ceux que je vole au sommeil ? Ces déplacements ralentis contrastent tellement avec ceux hâtés, empêchés de la maison pleine de monde. L’aquarium est éteint mais une faible lueur permet d’entrevoir une faible activité nocturne, certaines formes sont mobiles tandis que d’autres ont adopté le ludion, bercés latéralement par la circulation cyclique de l’eau. Mes yeux commencent à s’habituer à la pénombre, même si j’avance précautionneusement en frôlant les murs, balade de corps entre dormeuse et rêveuse. Ai-je soif ? Bien sûr l’envie de boire un café toujours présente, mais rompre le silence de la nuit par un bruit de machine ; privilégier, l’eau qui tombe en cascade dans un verre mais sans recours au robinet. On dirait que les pieds nus dialoguent avec le sol, peut-être est-ce toujours le cas ; mais l’esprit est trop occupé la journée pour y prêter la moindre attention. Ce sont d’autres aguets qui surgissent dans cet entre-deux-sommeils. Dormir : il faudrait retourner au lit, sinon demain risque d’être un calvaire, mais pourtant le corps s’y refuse, se déployant dans cette nouvelle liberté de mouvement.


    4 | de soi-même, et d’écrire


    J’ai un problème pour mémoriser les données chiffrées et une licence de maths. La seule montre que je porte parfois a arrêté le temps suite à un changement du mécanisme que j’oubliais toujours de remonter. Parfois pour les moustiques, je trompe ma promesse de ne pas faire de mal à une mouche. J’adore boire des cafés avec des à-connaître ou des gens que j’ai aimé ou j’aime lire. J’ai peur de trop dire je. Lorsque je vois passer des oiseaux je regarde toujours de quel côté ils se dirigent sans pouvoir me souvenir du côté du bon augure, donc avec intérêt mais sans superstition aucune. J’avais déjà écrit un texte en écho à l’autoportrait d’Edouard Levé pendant le confinement, je le relis afin de voir si l’un des fragments vaut le coup d’être regreffé ici. Je me demande toujours comment voyager sans enfermer ses pieds dans des souliers afin d’éviter de ralentir le voyage parce que l’on s’est estropié un orteil. Avant je faisais des pages de démonstrations dans le brouhaha des cafés alors que maintenant je recherche le silence de la nuit afin de rester un minimum concentrée , ne pas trop divaguer, et encore moins écrire un mot pour un autre… Je me sens dépaysée lorsque je change d’arbres.


    5 | à vous la cantonade !


    Il aura suffi d’une rivalité pour un petit tas d’ormeaux, dont la nacre brillante m’a donné le courage de descendre en apnée, retenir son souffle, petite manœuvre de Vasalva et plongeon canard afin d’approcher le trésor et après quelques tentatives infructueuses espérer s ‘en emparer. Furtif le réarrangement de ce tas de coquilles que sans pouvoir prélever j’ai dérangé… Curiosité attisée, lors d’une nouvelle descente j’ai donc pu localiser la cavité qu’un simple mouvement de tentacule sur un caillou permet d’occulter. Ainsi donc, on peut engager un dialogue muet sous l’eau, en déplaçant les mêmes objets, se guettant du coin de l’oeil  (je distinguerai le sien plus tard, malgré l’habile camouflage ; cette pupille rectangulaire qui guette tout changement de couleur environnant). Fascination, attraction, aller-retour express, proximité abrégée par mon souffle court sous l’eau, un brin de répulsion réciproque de l’index agrippé par la ventouse analytique. Mouvements devenus un peu trop brusques ayant engendré bulles et fuite au large du poulpe dans un nuage d’encre.

    A propos de sophie grail

    Après une grande vingtaine d’années en région lyonnaise, vis depuis bientôt une petite entre Léman, vallée verte et blanches montagnes... sans renier racines ardéchoises et tête en terres corses, balinaises ou cévenoles... dévoreuse ou passeuse de livres, clame haut et fort les mots des autres ( accompagne aussi depuis quinze ans les élèves de CM2 à jouer avec les leurs et en apprivoiser d’autres) sans jamais trop extérioriser les miens (sauf en labyrinthiques cérémonies secrètes). Alors sourire de me livrer en tiers-livre sans pseudo ni hétéronyme ... (Interviens discrètement sur Facebook via Sophie Sopibali)

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