# chroniques #03 Journal d’un dimanche #1

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Journal d’un dimanche #1 – Les dimanches ont de la mémoire.

De toutes façons ça n’ira pas. Le dimanche, ça ne va pas. Le bruit du bouchon de liège en était l’un des signaux les plus sûrs : le dimanche partait en vrille. Dans la cuisine comme ailleurs, il n’y avait plus de suspens à ce sujet depuis longtemps. La seule variable restait la durée. De cette inconnue il avait fait un petit coin de jeu secret avant de l’abandonner aussi. La question suffisait. Puis l’attente. Combien de temps avant la première glissade, avant la première voie d’eau. Combien de temps avant le naufrage de ce qui n’avait jamais le temps de devenir une après-midi. Il était toujours possible de ne pas boire. Cela relevait d’une décision de Grand Conseil. Un déjeuner sans bouteille ouverte coûtait cher en mensonge. Et les rires des enfants étaient à ce prix. C’est assez simple, un dimanche d’enfant. C’est fait d’adultes. C’est fait de leurs éclats de rire et de leurs coups de gueule, de leurs rivalités mal contenues, de leurs attachements, si encombrants, c’est fait de pains au chocolat qui s’écrasent dans une roulade aux Buttes Chaumont, de télévision tard allumée, de tarte aux pommes et de vaisselle à plusieurs, de balade en ville, d’escapade solitaire, de devoirs un peu trop tard et de semaine d’école qui ne commencera que demain. Il n’y a pas de manuel du bon dimanche d’enfant. Il suffit qu’il profite de l’ombre des adultes, même quand elle est longue, diffuse, incertaine. En revanche, on sait ce que c’est qu’un dimanche qu’on ne veut pas. C’est un dimanche sans adulte. Pas parce qu’ils sont absents, mais parce qu’ils n’y sont pas Parfois, ils manquent à leur place parce qu’ils font les enfants, ce qui ne manque pas de mettre leurs rejetons dans un profond embarras. Après le bruit du liège, c’était un peu différent, ils n’y étaient pas parce qu’ils ne tenaient plus debout. La journée se finissait tôt, vibrante des ronflements de maman. Le lit d’enfant était un peu petit pour de si gros vrombissements. Peut-être qu’ils cesseraient la nuit venue ? Le papa désespéré attendait devant une partie d’échecs en ligne que les vapeurs se dissipent. Un comble de la mise en abîme. Il noyait son manque de courage dans des trucs abscons que personne ne comprenait. Et puis le soir venait. Et un autre bouchon de liège donnait son bruit, là-bas dans la cuisine.

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