#Chroniques #03| Traces

1 Écoute

Écoute la voix de l’enfant qui murmure encore en toi

2 Comme des paroles sans importance

ils ne sont pas éduqués / c’est juste du respect qu’il faut / enlevez vos lunettes je ne sais pas qui vous êtes / c’est une chose toute simple tu sais / on aurait pu leur crever leurs pneus / c’est fou comme leur attitude déclenche de la haine en moi / moi j’ai jamais vu de livres avec des pattes / je veux un coloriage chat-licorne / viens voir je sais faire toute seule / c’est comme dans ta tête il y a des couleurs mélangées/ j’ai dessiné un fantôme et j’ai fait une cage autour pour pas qu’il pique / examine qui tu es / c’est une chose toute simple / est-ce que tu pourrais arrêter de dire non en permanence /

3 C’était avant

Cela aurait-il pu être autrement ? Auraient-ils pu trouver d’autres lieux de sortie ? La question ne se posait pas. Les dimanches d’hiver on empruntait de petites ruelles qui rejoignaient le cours Fauriel, la grande avenue de la ville avec des contre-allées pour permettre aux voitures de se garer et desservir les immeubles et maisons de chaque côté. Entre le cours Fauriel et ces bas-côtés, de vastes trottoirs véritables allées bordées de platanes pour les piétons. Le seul lieu aéré dans cette ville minière au centre ville dense et étroit. Alors le dimanche après-midi les familles venaient se promener là et montaient cette avenue jusqu’au jardin du Rond-Point, où quelques jeux pour enfants s’éparpillaient. Je n’ai que le souvenir du tourniquet que je n’appréciais pas spécialement. Tout au long du trajet on pouvait courir, sautiller, mais on avait les chaussures du dimanche dont il fallait prendre soin…On marchait et il n’y avait pas grand-chose à voir excepté le magasin Manufrance avec ses grandes vitrines où quelques fusils et vélos étaient offerts à la vue. On n’allait pas toujours jusqu’au jardin – trop loin, trop fatigués, pas vraiment envie, trop tard – et la seule chose espérée au retour était l’achat d’une brioche à la boulangerie située à peu près à mi-chemin de l’avenue, mais il n’y avait rien d’obligatoire et de toute façon on ne réclamait pas, on ralentissait un peu le pas, on regardait vers la vitrine et on espérait. Cela dépendait uniquement de l’humeur paternelle. Ensuite on rentrait de ce pas lent et plein de lassitude qui cadence le retour, refaisant le même trajet en sens inverse. Il fallait bien nous faire sortir nous les enfants, nous fatiguer un peu, étirer l’après-midi jusqu’à son extrémité. On exécutait les gestes du dimanche. On suivait la liturgie du jour : après la messe et le repas avec des bouchées à la reine ou le gratin dauphinois, il y avait la promenade rituelle à la mécanique bien huilée, à l’intérêt bien mince, mais on avait fait quelque chose ensemble tous les quatre : la promenade du cours Fauriel. Je ne passe pas souvent par ce lieu, mais je ne peux m’empêcher de penser à ces petits groupes de familles qui faisaient ce trajet afin de tromper l’ennui et aujourd’hui on ne voit plus que quelques personnes isolées marchant avec leur chien, et des voitures montant ou descendant l’avenue.

4 Tranche de journal

Je relis ce qui a déjà commencé à s’écrire autour des Métamorphoses. La structure est en place : pour l’instant quatre interludes entre 700 et 1000 mots et les chapitres qui s’insèrent entre. Il serait plus juste de dire que ce sont les interludes qui s’immiscent entre…Quatre chapitres donc de rédigés dont le dernier est encore en travail et mérite d’être approfondi. Mais je stagne un peu depuis quelques semaines et n’avance que par prise de notes, d’idées pour la suite mais ce n’est pas vraiment de l’écriture. Le changement de lieu de villégiature n’est pas vraiment propice à me tenir dans cet axe d’écriture. Je n’ai écrit qu’une page ou deux depuis un mois et je crains de perdre le fil alors que ce projet est important…

5 et quelles traces ?

Qu’est-ce qu’on transporte sous nos semelles ? Qui reste accroché à nos semelles ? Que reste-t-il des premiers pas ébauchés sur la terre ? Y-a-t-il un grain de blé coincé dans les rainures de la chaussure ? Ou peut-être un caillou ? Quelle fresque mes semelles vont-elles dessiner sur le sol ? Quelle part de moi s’échappe de mes semelles ? Trace noire ou trace blanche ? Que puis-je faire pour mes semelles ? Quant à l’usure que faire ? À chaque pas peut-on naître à nouveau ? Une fois le pas fait que laisse-t-on sur le sol ? Un halo ? Un battement de cœur ? Un soupir ? C’est toujours un peu de soi qui est abandonné. Que personne ne regarde sous mes semelles…

A propos de Solange Vissac

Entre campagne et ville, entre deux livres où se perdre, entre des textes qui s'écrivent et des photos qui se capturent... toujours un peu cachée... me dévoilant un peu sur mon blog jardin d'ombres.

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