#chroniques #03 | digestion

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Écoute le monde qui sans toi continuera d’aller.

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elle fait quoi ce jour-là de 1971 — concentre-toi, tu peux arriver à le savoir — recoupements, indices, les âges, le sien, et celui des autres, en août, elle fait quoi, et puis quelle importance, en août pas de dimanche, une seule longue journée de soleil, et des sommeils comme boire une eau fraîche, sommeil d’enfant bien fatiguée des jours sans fin, elle ne s’ennuie pas de dormir, pose la tête, se retourne à peine, le drap s’enroule, elle dort, quand elle ouvre les yeux un rai de soleil lui fait la conversation des poussières, les dimanches d’août ont ceci de plus : les tartes aux fruits, les bruits de cuisine un peu plus tôt que les autres matins, l’attente excitée d’une qui arrive, ou le balbutiement d’un qui s’en va. Les dimanches marquent les arrêts, les prochains trains et les suites. alors je vous le demande : elle fait quoi ce dimanche de 1971, en août ? C’est bien égal — voilà la seule chose à retenir si l’on parle d’elle vraiment, car alors, dans sa journée un instant ajoute à l’instant, la falaise en ligne de ciel, la rivière en attente, aux pieds les sandales de plastique rouge, dans les yeux la danse des araignées d’eau. Elle est dans la cuisine, dénoyaute des prunes, essuie quelques verres, s’ennuie du temps que tout prend, les cigarettes, le café, la digestion, l’odeur dans la voiture, la route, le chemin de cailloux jusqu’à la berge, elle s’ennuie de tout, des mains dans ses cheveux, des questions dont elle quémande les réponses, d’enfiler un vêtement et encore un autre, elle s’ennuie de tout, de se serrer dans la voiture, de regarder défiler la falaise, de sentir dans son ventre les tournants, du sang qui doit venir et ne coule pas, de son dos à redresser, de ses pieds qui se torse dans le sable, de ses questions qui les indisposent, des heures sans plus de livres, de ceux qui déjà repartent, elle s’ennuie de supplier qu’on lui raconte une histoire longue, si longue qu’elle ferait la passerelle d’un dimanche à l’autre. Un dimanche d’août n’est rien de plus dans la litanie des jours qui se succèdent, une fête votive et un bal, une truite pêchée dans une fontaine, une fléchette explosant un petit ballon fou dans sa cage, des pas de danse qu’elle rit d’apprendre. En 1971, ce dimanche d’août, il faudrait l’attraper comme un papillon, mais déjà ils manquent dans les prairies mêmes si encore par dizaine se dispersent les sauterelles, les petites aux allures de brin découpés dans la verdure, et les grosses aux ailes un peu rouges. Quand sait-on qu’une chose en est à sa dernière fois, quand sait-on que s’éteint ce qui remplit le jour dernier, alors que ce qui précisément l’anime en est l’essence. Un goût de fleur d’oranger ? Un coulant de fromage ? Un rosé de gigot ? Une odeur de genièvre ? Un bêlement comme sorti d’une pierre dans le paysage de rocailles blanches ?

A propos de Catherine Serre

CATHERINE SERRE – écrit depuis longtemps et n'importe où, des mots au son et à la vidéo, une langue rythmée et imprégnée du sonore, tentative de vivre dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue papier et web, les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions aussi souvent que nécessaire, des expoèmes alliant art visuel et mots, pour Fiestival Maelström, lance Entremet, chronique vidéo pour Faim ! festival de poésie en ligne. BLog : (en recreation - de retour en janvier ) Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCZe5OM9jhVEKLYJd4cQqbxQ

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