DU MONDE
pas question d’encrasser l’optimisme, de nicotine, d’huile de friture, de minutes entartrées, d’entre-deux, du passé
pas question de conditionner la solidarité, au si et seulement si, au donnant-donnant, au méritant, à celui d’ici — ici c’est où ?
pas question de rétrécir la parole, à une seule saison, aux inaboutissements, aux gestes réfractaires, à ce que nous aurions dû
pas question de rationner les rêves, qu’ils émergent d’un courant d’air, d’un vertige, d’une obsession, d’une fleur fanée, d’un réel trop lourd
pas question de se déraciner des autres, sinon pourquoi se lever le matin ?
ravitaillez-vous les uns les autres
désalignez tout
désobtemperez
défendez toutes les utopies
TENIR DEBOUT
tenir, à distance, le mot, ce que nous devrions affronter, ce qui menace de flancher, l’affolement, l’entre-deux. comme la distance entre soi et le ciel. et que sais-tu de ce ciel, sinon ses volte-face, ses lignes éphémères, la migration de ses oiseaux, son soleil à tirer les ficelles du monde, marionnette brûlante. pourquoi ne laisse-t-il pas l’automne faire son travail. automne usine, les souffleuses, les karchers, la montée des eaux, compter empêcher que ça déborde. et ça déborde, les chewing-gums sur le trottoir, les buildings à appartements le long de la digue, les cuistax, les mains dans les cheveux pour colmater l’ennui l’attente, les mains collées aux fenêtres du train comme ne pas se détacher de l’autre, ne pas se détacher de ce qui ne nous sert plus, s’accrocher, s’accrocher à une parole blessante, à la solitude, à un départ raté, l’odeur de saumon sur les mains, réclamer un été indien. et que sais-tu de l’usine, sinon ce que tu ramassais le soir, dans la voiture, en reprenant la soeur, les journées savoir à quelle heure ça commence jamais à quelle heure ça finit, la fatigue qui déborde de l’habitacle, avalée par le moteur, les odeurs sur les vêtements, la promesse de s’en échapper, ceux qui bossent vite, ceux qui ralentissent les autres, les machines en panne et ça doit continuer à tourner. ramasser, ramasser et se taire, l’éclatement au bord de la langue. ramasser les eaux usées, les mauvaises herbes, la bouteille de bière cassée sur la place de parking, le bruit au loin que tu ne rattaches à rien, l’imprécision. tenir à distance l’éclatement, s’en distraire, allumer la radio, le paysage bétonné grillagé, la petite école là-bas, sa banderole, il manque deux élèves. et perdre, perdre la petite école, les illusions, l’insouciance, l’adrénaline dans le grand huit, l’errance sur les autoroutes, ce que nous n’avons pas encore perdu mais que nous perdrons brutalement, les mimiques d’une mère, ses chicons au gratin, le bouillon de légumes préparé par le père comme par personne, les confidences en lui rasant la tête, les ressemblances dans les mots, le regard sur le monde, ce à quoi on s’oppose et qui nous sera alors familier, choyé. et tenir, debout
— à suivre —
Pas question
Que tu portes si bien
pas question de passer à côté de tes mots
Merci Annick
Qui nous emporte…
Un tout grand merci Nathalie.
J’apprécie faire ce bout de chemin avec toi, avec les autres.
Merci.
Je viens vite te lire.
Bien des bises.
Superbe et ô combien vivifiant !
Merci Muriel pour l’enthousiasme, je passe très vite vous lire, avec grand plaisir.
« et que sais-tu de l’usine, sinon ce que tu ramassais le soir, dans la voiture, en reprenant la soeur, les journées savoir à quelle heure ça commence jamais à quelle heure ça finit, la fatigue qui déborde de l’habitacle, avalée par le moteur, les odeurs sur les vêtements, la promesse de s’en échapper, » : superbe ce « Tenir debout ». Merci Annick.
O la la j’emporte avec moi ton « Pas question de « . Merci pour cette bouffée d’urgence d’humanité envers et contre tout ENSEMBLE.
pas question de rationner les rêves, qu’ils émergent d’un courant d’air, d’un vertige, d’une obsession, d’une fleur fanée, d’un réel trop lourd
Une écriture entre songes et besoins imminents entre rêves d’où qu’ils viennent et ce qui pourrait les rationner le réel trop lourd.
Tres joliment transmis. donné
Un grand merci.
ML