DIALOGUES DE MONOLOGUES  – chroniques 4

1 – PAS QUESTION DE NE PAS FLECHIR SUR L’ETERNEL ROULEAU COMPRESSEUR POUR NOUS APLATIR (…)  ENTREZ SANS VOUS LASSER … PARTEZ   PARTEZ … ALLEZ » (Paul VALET)

Pas question de troubler mon silence ma solitude

Pas question de me déranger par des conversations futiles

Pas question de venir me souffler dans le cou les airs du dehors

Pas question d’apporter une réponse à vos questions

Déguerpissez

Exigez le respect des paradis intimes

Filez … Courez…  Disparaissez

2 – Ecrire la frontière, cet espace très restreint du temps, le juste avant, le juste après, et s’en tenir au basculement même. Insister

cliquetis d’allumage -un souffle – la flamme bleue sous le métal.  gras se répand – 2  petits coups sur un rebord – discrète pression des doigts –  brisure indolore de la coquille –  dans sa chute se bouleverse –  – sous un grésil l’opaline se mue en nappe blanche – chuchote – crépite – au centre brille un orange  jouant le rôle du soleil

3 – Rencontre reconstituée passant par dialogue asymétrique

Sur le banc dans le parc rien à faire qu’exister avec ce présent, il s’assoit à mon côté, grand bonhomme sans âge, maigre, jeans et tee-shirt délavé, de grandes mains, paumes sur les cuisses.

  •  tu sens l’odeur de l’herbe qui s’élève ?
  • c’est à moi qu’il s’adresse je crois
  • ouvre les ombres de tes oreilles tu pourrais y planter des mots d’incertitudes
  • je suis immobile, respire au ralenti
  • regarde ta robe bleue elle dit quelque chose d’un cadeau
  • merci
  • j’aime l’herbe rare des étés.   Et toi ?
  • c’est une question ?
  • sur tes jambes nues se déroule tout un paysage
  • c’est une réponse ?
  • nos langues malades ne savent plus le langage des jolies images
  • me drague-t-il ?
  • tu ne voudrais pas avaler le futur ? les incendies ? les tremblements de terre ? les guerres ?
  • est-ce qu’on éviterait les désastres ?
  • les ruines ? les cendres ? les bouffées de fumées et de poussières ?
  • je me pique au jeu des questions/réponses
  • voilà le vent qui se lève, le pin sème ses aiguilles
  • je pourrai lui dire que je connais par cœur ce paysage, le grand pin, les pies qui y nichent, leur envol de cris, et ce vent de la marée haute
  • voilà l’eau qui arrive
  • silence embarrassé. C’est un peu comme si on se connaissait depuis toujours.

Je pars marcher dans l’eau… je l’espère me suivre

4 – Imaginer c’est voler

Une femme petite quarantaine, un homme short de bain saumon, deux fillettes âge d’une première rentrée au collège, un petit garçon de cinq ans. Là sur la plage. Le garçon tient un bâton, vise toute personne dont il croise le regard, haine et violence dans les yeux. Non il ne veut pas prêter la serviette cabine pour qu’elle se change et la menace de sa baguette. Elle insiste. Non je ne me changerai pas, non je n’enlèverai pas mon maillot, non je ne me rhabillerai pas. Et il tourne sur lui-même la baguette en avant pour faire le vide d’un mètre tout autour de lui.  C’est lui le chef, c’est lui qui commande, déjà viril. L’homme se fait discret et ne réagit pas, le visage triste, debout il guette la scène. Les deux filles du même âge mais pas jumelles semblent en complicité, se lèvent mollement à l’ordre de nous partons.  L’une que je crois être la sœur du petit, tente de se faire à la situation d’en tirer un avantage, d’y gagner une copine, dit à l’autre tu crois que demain vous pourrez revenir ici avec nous ? La mère est parvenue a dompter l’enfant qui s’est réfugié, habillé, câlin entre ses seins, le bâton toujours à la main. L’homme muet époussette sa serviette. Et l’enfant de dire tu te souviens avec papa ces châteaux de neige qui n’étaient pas de sable. J’aime l’hiver. Je voudrais l’hiver. Ils se lèvent, partent en file indienne, les deux ados ouvrant le chemin, peut-être, d’une famille à imaginer recomposée.

5 – Tenir…. Debout

Tenir l’insecte entre le pouce et l’index les ailes ouvertes les antennes aux aguets de ma peauéloignée des mauvais esprits

Tenir ce tourbillon d’arabesques surgies sous le soleilhypnotisé par cette danse de formes le mouvement des ailes amplifie le frisson la répétition de la danse tantôt aérée tantôt brisée à distance les labyrinthes de pensées qui montent à la tête douloureuse

Tenir le débordement cette masse sombre d’orage aux couleurs de jade brodée de ce galon brodé cousu d’or aux limites d’une route à dangers le visage englué

Tenir l’insecte précieux pour absorber le spleen l’insecte délicat les élytres ouvertes le bruit de la douceur de son envol présage sage

Debout devant la sauge sacrée à l’odeur sucrée

A propos de Béatrice Planchais

Enfance à la campagne grande sensibilité à la nature , j'écris principalement de la poésie

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