1- Pas question de ne pas voir les fantômes. Ouvrez, fermez les yeux….Puis, parlez-leur !
2- Devant mes yeux grands ouverts, diférentes tonalités allant du blanc au noir étaient apparues et avaient comme par magie décomposé et recomposé un univers scénique reconstruit où G.Mastorna s’était enfoncé à la toute fin du film. Sans doute malgré lui. La lumière du jour s’était patinée d’un reflet de plus en plus grisâtre et cendreux et je t’avais vu marcher de dos sur le seuil de ta nuit. Ta valise toujours en main. Les pieds bien campés au sol dans ta déambulation irréversisble sur les trottoirs de la ville imaginaire sortant de son chapeau toute une série de nuances allant s’affirmer dans ce film en noir et blanc. Vers le début de ta nuit, le blanc n’avait jamais aussi bien pris les dehors d’un gris persitant annonçant la couleur du jour et de tes motifs défunts. Je te voyais alors courir au milieu d’une nature de bord de route peuplée de denses feuillages semblant ourlés de velours épais et sombres s’écartant sur ton passage à la mesure de tes bras qui les divisaient, te laissant un espace, une respiration. Le gris du ciel s’acoquinait à un brouillard de fumée virant peu à peu à l’obscurité dans ce vacillement imperceptible des gris clairs à foncés distincts puis mélés. Le ciel avait mieux tenu que les arbres. Il avait mieux résisté à la noiceur progressive du décor et de ses éléments. Se renseigner sur la technique du fondu enchainé au cinéma. Se la représenter pour coller une à une les scènes. Tu avais ensuite couru sous une lune énorme laissant apparaitre des surfaces pigmentées tel un visage semé de taches de rousseur (aucune couleur n’était apparue cependant). La lumière du jour fragile avait migré et culminé toute entière dans l’astre semblant avoir recueilli les promesses du jour enseveli, donc dans ce corps rond et lumineux sous lequel tu avais marché. Et vers lequel tu avais levé ton regard où j’avais vu par contraste la noirceur effarante de la nuit en même temps que celle de tes pupilles traversées de mille filaments saisissants. Ensuite, à l’écran, je n’avais plus vu rien vu que l’astre et sa forme ronde, parcourue (griffonée, elle, aussi) mais entière, lactescente.
3– Federico, pourquoi cette peur de ne plus arriver à faire des films, tu sais très bien que c’est comme faire du vélo….
Silence de sa part.
– Federico, regarde que les journalistes t’ont appelé plusieurs fois ce matin, tu dois leur confirmer ta venue sur les plateaux de Valerio, tu te souviens ?
Silence de sa part.
– Que vas-tu leur raconter sur ton renoncement à tourner le Voyage ?….
Silence de sa part.
– Sandra (Milo) a aussi essayé de t’avoir au téléphone, elle s’inquiète beaucoup comme Giulietta….
Silence de sa part.
– Tu ne ferais pas mieux de ne plus revoir l’astrologue ?, on dirait qu’il t’emmène sur une mauvaise pente….
– Federico ! Pourquoi ce silence ? Tiens, tu devrais faire un film muet un jour, tu y tiendrais le premier rôle ! Si j’avais Marcello en face de moi, lui, il me répondrait !
Federico : – Arrête de me comparer à Marcello, Marcello, ce n’est pas moi !
4- Extrait du projet d’écriture en cours
Pendant un long moment j’avais regardé cet hélicoptère de tourisme qui s’était posé sur l’ile en ayant auparavant formé de larges cercles concentriques sur l’eau dans laquelle se miroitait ou simplement se dessinait une blancheur froissée d’hélices brassant de l’écume, dans laquelle déflagrait aussi une ancienne blancheur spectrale de cendres.
Ses cendres qui avaient virevolté.
Tandis qu’au loin la mer et le ciel se confondaient s’étaient aplatis sur une même ligne épaisse et tremblante
soit un lieu ouvert/infini où une parole souterraine attendait sans doute d’advenir/de rejoindre, aurait pu habiter un espace/temps nouveau ou bien se serait tue (comme dans la vie réelle) dans un bruit frêle de fantôme.
…
(je vois — comme dans ce film japonais au titre oublié — tous les lieux s’animer, les gens évoluer sous moi, moi dont le corps est absent qui flotte maintenant au-dessus d’eux dans un état de légèreté et de grâce sans vertige)
Fellini se prépare à tourner dans les studios de cinecittà où son cercueil dans une chapelle ardente sera entreposé dans une sorte de fête sans interruption, sans fin véritable, des studios hantés où flotte tel un spectre : une magie ou une hantise de cinéma.
(sur une petite place le cirque se réveille et le spectacle commence je te parle avec la voix de Zampanò (La Strada) qui a beaucoup voyagé, que j’ai connu sous les traits d’un marin grec de passage à Marseille ou dans un monastère des Andes au Venezuela alors qu’il était en train de fumer le cigare en buvant du whisky en état de quasi hypnose près d’une cheminée pour célébrer je crois ses anciennes aventures de briseur de chaines en Europe un autre continent où ces chaines aussi dures à briser l’ont rendu prisonnier même sous l’effort parfois récompensé, l’amplitude de son torse, de sa ténacité)
Pourquoi dans la vie réelle E. reste souvent dans le silence ? Pourquoi se réfugie-t-elle dans la fiction ou le paysage ? Pourquoi cet énième film sur le cinéaste italien tel un remake sans fin ?
La plateforme numérique regroupe divers articles d’après critiques conversations témoignages, les miens mais aussi bien d’autres où sans doute ce nouvel entretien avec E. sur son dernier film sera différent de tous ceux d’avant. Je chercherai néanmoins à distinguer ces choses qui seront revenues par la fenêtre soit toutes ces images-constellations, obstinées, combattantes, le retrouvé dans un inconnu, une sorte d’étoilement une fine toile d’araignée, de tissu innervé, un côtoiement de présences, de sous-sols, de fantômes.
5-Tenir sur la piste de cirque sous les feux des projecteurs et de la ville le regard vide et le sourire en coin l’air résigné à la glissade surpris de pouvoir encore faire tenir la baraque et son toit et nous avec le long des jours et des nuits les visages froissés de trop penser à dresser des solutions et des têtes émergées comme dans ce dessin du rêve où la femme géante aux cheveux longs, picassienne, sort de l’eau la bouche grande ouverte après la nage étroite, sur la plage, pour un temps, debout.