#chroniques #05 | on ne sait jamais

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Elle ne collectionne pas, elle garde. Elle garde parce qu’on ne sait jamais, parce que ça peut servir, parce qu’elle a connu la guerre, parce que certains n’ont rien. Elle garde. Elle garde et elle préserve. Des papiers nylon dont la mercière enveloppe les pièces de tissu (Henriette les défroisse de la main, les repasse, les plie soigneusement, les réutilise ensuite pour envelopper les vêtements des clientes), les poches en papier du marchand primeur (elle les défroisse de la main, les repasse, les plie soigneusement, les réutilise). Les pulls troués (elle les défait, recrée des pelotes qui deviendront de nouveaux pull-overs). Les chemises usagées, au col déjà retourné, sont conservées, découpées, et deviennent des chiffons pour le ménage. Les restes de savon sont conservés puis rassemblés dans un gant de tissu pour laver la vaisselle. Les boutons des chemises devenues chiffons, des manteaux devenus trop petits, sont conservés dans une boîte en fer qui a contenu des biscuits, des petits en nacre, des à deux trous, des à quatre trous, des grands, des épais, des rouges, des bleus, des jaunes, des blancs surtout, des recouverts de tissu, de cuir, de peluche, des longs, des isolés, des par paire, par dizaine (ancienne chemise). Elle ne collectionne pas, elle conserve. Les anciens numéros de Modes et Travaux, les lettres de ses soeurs encore glissées dans leurs enveloppes, les photos de ses parents, ses cahiers d’écolière, ses cahiers de poésie, de chansons qu’elle a soigneusement recopiées, les fleurs pour mettre au pied de la statue de la vierge, les fraises des bois pour les petites, les images des plaquettes de chocolat pour les enfants, les souvenirs qu’elle ressasse, les images pieuses qu’elle glisse dans son missel, les paires de gants, les bérets. Elle ne les collectionne pas, elle les garde. Les histoires, les mots d’enfants. Elle ne les collectionne pas, elle les conserve, précieusement. 

A propos de Betty Gomez

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2 commentaires à propos de “#chroniques #05 | on ne sait jamais”

  1. C’est vrai que ça peut toujours servir, du moins ça pouvait servir dans un autre monde, mais là, elle va peut-être se raviser et trier, sinon ça l’étouffera, ou elle mourra avec tout ça et les suivants devront s’en dépatouiller, quel déchirement ou quelle corvée…

  2. Elle ne collectionne pas, elle garde. elle préserve. elle conserve. elle garde. toute une collection de gestes aussi qui font/disent le personnage/la personne. Merci Betty d’opposer ces verbes au verbe jeter, trop facile.

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