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Impétuosité d’un tumulte inattendu
Surprenante résistance
Un tumulte comme une coulée de lave
Plus la terre s’assèche
Plus me porte et m’emporte
La rage d’écrire
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(…) Le petit garçon mené patiemment par sa mère. Découvre, découvre. Traverse la mini-roseraie, pose la main sur la haie de buis à peine plus haute que lui, la haie bien droite qui forme comme un mur mou, qui pique un peu, pourrait écorcher. Retire sa main, reprend son chemin. Arrive en bordure d’une flaque d’eau. Cela fait plusieurs mois qu’il n’y avait plus d’eau tombée du ciel, encore moins de flaque. Considère, hésite. Regarde sa mère, interrogatif. Elle écarte les bras, signe d’incertitude. Il faut prendre une décision, seul. C’est embarrassant. Marcher dans la flaque, la contourner ? Sur son visage passe une expression incertaine, toujours aussi interrogative. Mais il n’obtient aucune réponse. Il traverse, petites baskets dans l’eau. Il ne saute pas. Ne produit pas de remous. L’éternité d’une poignée de secondes, il observe son reflet. Cela fait drôle d’être en bas alors qu’on est en haut. Puis il rejoint sa mère. Il est si content. (…) On échange des mesures pluviométriques. 20 mm. 27 mm. Un soulagement. Certains malchanceux ont été épargnés par l’ondée. On est impatient. Manuel n’a récolté qu’un tiers des tomates qu’il attendait à pareille époque. Il n’a pas de salade. Avec ce temps. Courgettes vertes. Courgettes blanches. Aubergines allongées, rondes, blanches. Pâtissons d’orange pâle, très vif. Échalotes, concombres, betteraves, oignons doux, oignons rouges, piments verts, piments rouges, poivrons allongés ou cubiques, petits pois, patates nouvelles, carottes, courgettes jaunes, haricots verts, tomate. (…) Un tout petit chien noir émet des jappements plaintifs, sa propriétaire le secoue rapidement, mécaniquement, à chaque émission. Il tressaute, soulevé brièvement de terre au bout de sa laisse, comme pris d’un spasme, laissant l’impression de sautiller de peur ou de joie, d’excitation. Plus il jappe, plus elle le secoue, plus il sursaute, comme sous l’effet d’une décharge électrique, et plus il jappe. Elle dans le même temps, indifférente ou inconsciente de son propre geste, s’excite à cris de plus en plus aigus, au sujet de la maltraitance animale. Un autre petit chien apparaît derrière la clôture d’un jardin, alerté par les cris de son comparse, et se met à engueuler la rare clientèle du marché. La femme sermonne le petit chien noir : Va pas exciter les autres, tais-toi. Dans la boîte à livres, L’Angélus du soir de Clavel côtoie Les Feux du matin de Troyat. Coïncidence ? JNCP. La femme au chien râle qu’il y a trop d’eau. 20 mm en trois mois, où va le monde ? Nous finirons inondés. Subrepticement, la flaque se résorbe. (…) Étrange statue du soldat inconnu sur le monument aux morts. Sur le point de tomber, il porte une oriflamme ou un drapeau qui lui fait une aile unique, comme un véhicule vers le ciel ; sa tête, renversée en arrière dans la douleur ou la passion, est si éloignée du tronc que selon certains angles, il laisse l’impression d’être décapité. On a accroché, à la cheville du soldat de pierre blanche, un ruban bleu-blanc-rouge du plus bel effet – article de mode, colifichet patriote, jarretière de clubber dernier cri. (…)
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(…) La matinée défile. Je reste là trois heures. Immanquablement, des connaissances viennent me saluer, considèrent ce à quoi je m’occupe et le comprennent intuitivement. Pas besoin d’expliquer : ils savent ce que je suis en train d’écrire. Ils savent que je les écris. Il n’y a aucun caractère de surprise dans leur regard, dans leur réaction : ils connaissent mon activité. Certains m’ont lu. Certains m’ont joué. Ils ont ce mot très respectueux, sans ironie aucune : On te laisse travailler, alors. Pour les autres, les anonymes, c’est juste l’originalité du jour. Un éventuel sujet de conversation au moment de déguster la salade de tomates.
Je me sens à la lisière. À la frange du réel. Je me trouve bien physiquement parmi eux. J’écris ce qu’ils sont, ce qu’ils font. Mais comme toujours, l’écriture m’emporte physiologiquement ailleurs. Je suis situé dans cet espace où je ne sais plus si je suis là ou si je suis l’écrit. Je pousse le dédoublement un peu plus loin. Je ne peux pas décrire le parvis de l’église, le lieu du marché, sans m’arrêter sur ce type qui écrit. Parce que sa présence est quand même extrêmement notable. C’est quoi, ce type ?
J’éprouve alors un sentiment de gêne, de la honte également. Non parce qu’il glane ces éléments à partir du réel, de la vie quotidienne du village où il réside. Non pour le larcin que constitue cette prise de notes. Cela reviendrait au même s’il se contentait de répertorier différents sujets dans sa mémoire immédiate, pour les développer une fois rentré chez lui. Ce qui dérange, ce qui interroge, c’est l’acte concret de l’écriture. Le cahier, le bonhomme, le regard. La présence immobile, massive – d’autant plus massive qu’elle est silencieuse.
J’ai honte pour l’étrangeté que génère cette présence. Honte de leur imposer ce type, ce gros homme assis sur un banc, occupé à noter ce qu’il voit. Honte de cette image que je renvoie : pas beau, pas confortable, intrigant. Honte de perturber. Et je serais prêt à lui faire reprendre la route, le forcer à renoncer, à repartir chez lui dans la solitude de sa maison. Où il n’a personne à emmerder. Mais je suis venu pour cela. Je suis venu parce que cette place que nous occupons sur le banc est la place que je me suis choisie – ce jour-là particulièrement, mais plus généralement dans la vie.
Je sors de ces quelques heures dans un état de flottement qui me poursuit le restant de la journée. Incapable d’écrire autre chose. Comme parvenu à une sorte de zone interdite, de non-droit, de non-retour. Je remets ça dimanche prochain.
.4ad | battle No. 8 : fight!
Écrire ces chroniques perturbe le flux habituel du journal, elles en drainent les sujets, il devient leur reflet incertain dans une vitre, leur fantôme. Ils opèrent un dédoublement, de la même façon que le journal de voyage d’avril avait commencé par perturber le vrai journal, avant de le nourrir en retour, au retour, de lui redonner matière et puissance. Je pense qu’il en sera de même à la clôture des chroniques : à sa reprise quotidienne, le journal aura subi une modification – il ne sera plus tout à fait de la même nature. Ce gros chantier de 35 ans a connu de nombreuses mues, mais il est intéressant de noter que, à certaines périodes, c’est la concrétisation d’autres projets d’écriture qui provoque cette mue.
.5 | je ne comprends pas toujours
ce que vous faites
L’œuf de la poule
L’origine de l’œuf de la poule
Le mystère de l’origine de l’œuf de la poule
Le débat sur le mystère de l’origine de l’œuf de la poule
La passion autour du débat sur le mystère de l’origine de l’œuf de la poule
L’urgence de cette passion du débat sur le mystère planant sur l’origine de l’œuf
La démesure de l’urgence de la passion du débat entourant le mystère des origines
Les dimensions de la démesure de l’urgence de la passion du débat entourant le mystère
Les quotas imposés sur les dimensions de la démesure de l’urgence de la passion des débats
La publication de quotas relatifs à la dimension de la démesure d’une urgence à la passion
Le rapport débouchant sur la publication de quotas relatifs aux dimensions de la démesure des urgences
Les auteurs du rapport ayant débouché sur la publication de quotas fixant les dimensions de la démesure
J’aime beaucoup le .4, son atmosphère à la fois étrange et concrète, le quasi miracle d’une flaque d’eau, l’étrange femme au chien, sans parler de la statue du soldat, forte sensation d’un monde qui bascule