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Oui au charme seulement si c’est un arbre (et même sinon)
Oui à la magie seulement si elle est blanche (et quand elle serait noire…)
Oui aux idées même si elle sont noires pour ne pas les avoir trop claires
Oui au monde seulement s’il nous élève (6)
Oui aux autres même s’ils (et elles, certes) sont l’enfer
Oui aux bleus sans restriction même s’ils sont à l’âme
Elles parlent toujours comme cela et ont toujours quelque chose à dire de vulgaire ou de méchant sur tout le monde.
La trilogie de Copenhague (Tore Ditlevsen, traduit du danois par Christine Berlioz et Laila Flink Thullesen, christian bourgois éditeur, 2025 – p102)
Son visage, précocément envahi de multiples rides creusées par la folie du monde, était déchiré par une douleur réprimée.
La forêt de flammes et d’ombres, Akira Mizubayashi, nrf, 2025 – p78)
Bonheur de rassembler tout le monde, d’échanger, de rire ensemble autour de la grande tablée surchargée de victuailles, chacun porte son écot, occupe la cuisine, les couteaux dansent, les cuillères tournent dans les casseroles, le four ajoute à la canicule, les glaces rafraichissent en dessert.
Mouvements d’humeur (chroniques #05) Monika Espinasse, tiers livre 10 ans d’atelier
Le truc avec les travellers, c’est qu’on vivait avec depuis si longtemps que parfois on le voyait même plus : le monde il était pas juste avec nous.
Le garçon du dehors (Jeanine Cummins, traduit de l’anglais (US) par Christine Auché, Philippe Rey 2023)
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(téléphone) – j’ai toujours cru que c’était Maria Casarès mais en vrai non c’est Simone Signoret (mais d’abord peut-être Anna Magnani qui se tire les cheveux près de son oreille (ailleurs, elle rit dans un taxi sur la lagune avec 3P) – mais le truc est passé de mode (filaire on dit maintenant, comme on dit d’un vélo « musculaire » : tous ces termes qui qualifient au plus près ce qui ne sera de rien, une différence importante mais invisible, toute cette machinerie pour les produire, ces ustensiles à usage électriquement compatible toutes ces batteries de métaux lourds ou de terres de rares (autour de moi gisent sept ou huit, peut-être dix ou douze (ily a des ami.es dans la chambre du haut) transformateurs – l’alternatif en continu qui qualifient ce courant (le courant, le C de AC/DC qui pointe directement vers les bermudas de nos jours – les « comme on dit maintenant » les « de mon temps », les « vieillissants « et les « obsolètes » les « pérennes »les « technophiles ou crates ou phobes ») toute cette machinerie lexicale (j’ai dévié, c’était autre chose : « la voix humaine » et (plus loin dans le temps d’avant – l’autre siècle – le télégramme (celui qui se collait sur le miroir dans la loge, pendant le maquillage) bleu – le « 22 à Asnières » et ceux qui étaient blancs, à la Monica Vitti ou d’autres (moins rugueuses, plus dans les plis et les normes du monde, d’un certain monde, le riche, le pourvu, le nanti, l’enviable) un peu différent, à peine, mais différent tout de même de celui de Claude François et ses claudettes (elles n’étaient pas nues, elles n’étaient pas que blanches et pas que blondes), il était né au Caire et portait un costume parfois de couleur parfois blanc en se déhanchant, devant elles, une « choré » bien réglée et elles en costume de bain – fanfreluches, sourires avenants, pas de danse et claquements des mains – là, il pleurait c’était écrit dans la chanson –

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Tout aussi bien ça aurait pu être Lisbonne les rues en pente, avec au fond de la perspective le pont – et puis l’appartement en haut, une petite terrasse qui donnait sur la grande place je n’en sais plus le nom – commençait par un r, pas la grande à côté de la gare (mais non pas Rossio mais Martim quelque chose – Moniz peut-être bien) – entre la chambre et la salle salon salle à manger au dessus de la porte, des carreaux de verre bleu et rouge – peut-être bien la première fois – puis la fois suivante, chez P. un pavillon entre l’aéroport et la ville nouvelle construite pour l’expo universelle de deux-mille et le toit du pavillon portugais – ca aurait pu, une autre fois encore, la place du commerce et son libraire assis sur son petit tabouret qui parle tout seul et se lève faire les cent pas (pourquoi cent et pas mille? Et en tout cas pas perdus?) les mains et les bras croisés dans le dos – mais non
la rue en pente les maisons de bois les enfants qui jouent disons qu’ils jouent si tu veux ils jouent là, ils crient courent vont volent et nous vengent, la Roumanie, la Bulgarie, quelque chose, quelque chose de quelque part en Europe centrale – quelque part où on ne parle la langue – l’anglais alors, on se déplace en bus, on regarde les routes, les chemins qui y mènent les champs les machines, le soleil peut-être – non plus, non
en dessous du pont qui va vers l’Asie, la rive asiatique, ces rues qui descendent, quelque fois une maison abandonnée les autres de bois plutôt là, les enfants qui rient et jouent – est-ce que c’est vraiment différent ? l’évocation des gitans, des romanichelles, romani, et d’autres noms encore tziganes tant d’autres noms gens du voyage violons feux de bois « on passe la nuit claire à boire, on danse en frappant dans ses mains » – je crois Romain Duris, Les princes ou Gadjo dilo – quelque chose qui me ferait souvenir de cet endroit que je ne connais pas – non ça ne fait rien autre chose avec d’autres gens
les vapeurs, les îles au fond de la mer, celle où ils mirent les chiens – cette mer intérieure et la chaîne tendue entre la gare et un îlot – à ce moment-là, ça ne se nommait pas rooftop mais les jeunes gens mâles se pavanaient quand même, ils avaient au poignet des montres bouffies d’un or douteux, on a tout de suite compris que ce n’était pas un endroit pour nous, on est redescendus sur terre (il y a longtemps mais aujourd’hui je dirais dubaï oman ou quelque chose dans ce genre plus ou moins artificielle – plutôt plus, oui – des lieux bizarres qui se veulent nouveaux entreprenants attirants mais qui ne sont qu’affligeants – afin de faire comme si)
le restaurant était au coin d’une place non loin des réservoirs qu’on avait été visiter (il semble qu’un james bond y avait été tourné – paris, venise ne me sont même pas venues à l’esprit – des noms propres aux majuscules enflées) au premier étage, deux ou trois pièces, peut-être des salles, deux bonnes vingtaines de tables,carrées, nappes blanches en tissu couverte d’une autre en papier, pour deux ou quatre, les fenêtres qui donnent sur la place et au fond, la mosquée, on mange la même chose que les gens d’à côté, on demande ça par geste en anglais – les jardins,lamer au loin et le soleil au dos enfin d’après midi – la pluie, la neige, la grêle – une autre fois, juste une autre fois (on n’oublie pas, pourtant, la torture, l’enfermement, les meurtres même des opposant.es – on n’oublie pas)
sûrement aussi l’opium, cette partie-là du monde et de l’illusion, sûrement aussi, ces pavanes,ces danses lascives et ces hommes en robes qui sur eux-même (ils portent un fez) tournent et tournent et tournent encore (vu d’ici, c’est devenu, un peu comme le fado, un bidule touristique,une attraction un spectacle de la société du voyage, le tour (le grand tour), celui qui forme une certaine jeunesse)
le palais, le sultan, le pacha (et l’autre qu’est mort d’une cirrhose, l’adoption d’un alphabet autre, et l’alliance avec l’axe – on n’oublie pas)
c’est peut-être surtout l’eau, les ponts peu nombreux (celui, bleu, aux deux tabliers) (il n’est bleu que dans le souvenir), les bateaux immenses –
un ami ne disait jamais son nom, mais celui précédant, précédant les meurtres et les assassinats et les pogroms et les incendies des maisons, les mises à sac, des gens des enfants de leurs vêtements de leurs objets favoris aimés gardés chéris – la fuite, pour une idée, une croyance imbécile, une volonté de contrôle, de possession, de cris et des pleurs, crois-tu que les murs des bazars s’en souviennent ?
Le terminus du train de luxe qui partait de Londres – le plan Freycinet (c’est d’ici d’encore un autre siècle) – le reste du monde mais seulement l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural
les appels à la prière cinq fois par jour par la voix éraillée crachochante d’une sonorisation mal réglée (de l’autre côté du détroit, le tyran (c’est un bien grand mot, peut-être un bien grand honneur, pour un sale type) faisait construire un palais de mille trois pièces ou chambres dit la chronique – derrière des murs hauts et durs un établissement aux minarets (ou miradors) tutoyant le ciel)
(pour ces quelques mots, preuves de la subversion, la prison, le procès et la mort)
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c’est vrai que de toutes les façons il marche mal, il boîte il claudique un vieillard cacochyme – un peu comme clavier qui ne marque ni les espaces ni les k – les choses neuves comme les vies, les peaux lisses et soyeuses contre les ridées ou tachées, les objets qu’on sort de leurs cartons leurs odeurs de neuf et puis de la poussière, un café renversé ou une pluie inattendue – l’attirance pour la nouveauté, l’originale qui ne l’est que rarement sinon jamais mais l’espoir qu’il le soit, ou qu’on puisse simplement le concevoir tel – je dis il mais je pourrait aussi dire elle, la connexion merdique dans un endroit perdu où les tracteurs passent à cinquante à l’heure sur des routes minuscules et dans des engins énormes le monde est à eux (le monde) transportant leurs purins putrides fatalement – en engrais naturel sauf que dans les stabus les bestioles sont antibiotiquées et leurs nourritures bizarres (tu te souviens du prion ? quelqu’un se souvient-il du prion ? du sang contaminé ? du responsable mais pas coupable ? des farines animales ? de la mort de la triperie ?) (il n’y a jamais loin de la vérité au complot) (me fait penser aux disquaires et aux villages abandonnés, les commerces de proximité et les voitures automobiles – cette façon de les conduire, appuyer sur les pédales et faire pétarader le moteur, cette façon de choisir le pétrole, de dominer en appuyant, un peu comme sur les touches ou les transistors des écrans – de cette domination-là (avant hier dans un scaphandre apparemment un peu mal ou sur-dimensionné – comme c’est étrange – une femme est sortie dans l’espace – enfin une femme, la première française – la patrie aux grandes femmes reconnaissante – ou alors la matrie ? on prendrait les mêmes ou les autres et on recommencerait ? Le travail n’avance pas mais c’est tant pis, les lectures parfois un peu le froid qui revient, les pulls et les chaussettes, les écharpes, on en arrive là et c’est déjà la fin de l’été)
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Ce qui me reste du plus au nord du pays basque d’Espagne (ces barrières jaunes, ce ciel et ses merveilleux nuages la pluie le vent les vaches noires ou rousses les vagues et leur écume bleue)

Ce que la consigne fait aux mots
ce qu’on imagine de la suite
ce qui me reste du futur
ce qui me reste comme futur
ce que le je le on le nous le il
ce dont je ne me souviens plus
ce que parler veut dire*
*: un titre d’un article ou d’un livre peut-être je ne sais plus de P.Bourdieu