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Ce matin, j’ai dit oui à la rose qui m’a souri sous la pluie
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Supposons que j’ai du mal à utiliser ce mot…
Supposons que je l’utilise sans y croire…
Supposons que j’écrive quand-même quelques phrases…
Supposons que je préjuge sans savoir, que je soupçonne sans raison
Supposons que supposer ne me semble pas donner des résultats fiables
Et supposons donc que ma litanie manque étrangement de sens
Alors je me contente d’arrêter de supposer pour creuser davantage le réel…
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Des villes émergent se bousculent se souviennent rivalisent
Arrivée à Paris gare de l’Est, le cœur plein de rêves, la tête remplie de clichés les longs couloirs de métro à Châtelet avec la valise sans roulettes la Seine et ses bateaux-mouches les amoureux qui s’embrassent en public sur les quais l’odeur du café de l’anis et la couleur verte de la menthe à l’eau la baguette et la boite de camembert pour repas les vastes salles du Louvre et Mona Lisa toute petite sur un grand mur blanc les librairies du quartier latin les promenades à trois heures du matin dans des rues désertes traversant les ponts de la Seine la découverte de la soupe à l’oignon et des escargots aux Halles anciennes les parties de flipper dans le café italien et Aznavour chantait l’amour qui s’en va…
Et puis Berlin l’hiver -14°vent glacial rues glissantes marchés de Noël sur toutes les places lumières couleurs effluves de chocolat et de beignets bougies colorés boules dorées chants de Noël vin chaud pour les mains et le cœur coupoles dômes flèches suspendus au-dessus de la mêlé voilés par la neige fraîche et le fantôme de l’église du souvenir détruite par une bombe et restaurée avec une modernité simple émouvante bois et transparence des vitraux recueillement près de l’agitation des commerces et un musée riche en histoire la porte de Brandebourg mi-cachée par un sapin géant le dôme en verre étincelant du Reichstag et le mémorial de l’Holocauste au sol verglacé battu par la tempête le checkpoint Charlie une langue qui était mienne et dont je ne comprenais pas l’accent pointu et le métro où le contrôle était aboli où on faisait confiance aux usagers…une semaine dense dans un tourbillon d’émotions…
Et puis Budapest, capitale marquée par l’histoire de l’empire Autriche-Hongrie puis longtemps coupée de l’Ouest par le rideau de fer des barbelés et des miradors un vaste no mans land une ville loin derrière le confort et la modernité de ses voisins. Des palais somptueux alignés au bord du Danube partageant la ville, des gens accueillants qui aiment parler de la France, un tourisme balbutiant à la première visite quand les voitures étaient encore rares. En dix ans, la ville s’est épanouie, une circulation trépidante, des commerces animés, des broderies fleuries pleines de couleurs, des restaurants authentiques où goûter le gulyas au paprika rouge et fort, le vin Tokaj, les pâtisseries aux pommes et au pavot, une parenté certaine avec Vienne et sa culture, ses couleurs et sa gastronomie. J’aurais aimé me baigner dans les bains thermaux où on peut jouer aux échecs dans la piscine, il faudra que j’y retourne pour ça et pour les environs de Budapest qui finissent dans le vaste horizon de la plaine hongroise, la Puszta.
Et puis enfin Vienne. J’étais loin, mais je reviens. Je suis assise dans un de ces cafés, douillets, à l’ambiance feutrée surannée où le temps n’a plus d’importance, où les heures passent doucement devant un café noir ou un mélange, et un verre d’eau qui accompagne. Parfois une pâtisserie maison, strudel aux pommes ou gâteau au chocolat à la crème Chantilly. Des odeurs familières qui bercent. Des habitués cachés derrière des journaux. Des serveurs discrets. Dehors il neige. Je vois les gros flocons tomber et le dôme vert de l’église St Charles briller au bout de la ruelle.
Mes pas laissent des traces dans la couche poudreuse, j’inspire la fraîcheur, l’air pur et froid, je m’enfonce dans le parc couvert de blancheur, je souris à la statue de Johann Strauss au chapeau blanc, tout est blanc, la ville est tranquille, sous une épaisseur encore immaculée. Les voitures ralentissent, le tramway grince et tinte en tournant, les bruits sont étouffés par le temps.
C’est la saison des bals. Des grandes robes et des habits noirs dans des palais dorés. Des lustres étincelants et des danseurs endiablés. Des musiciens qui joueront jusqu’au matin. Puis c’est la fin, on sort, les femmes enlèvent leurs talons hauts pour mettre des bottes et une nouvelle journée commence.
Bientôt le printemps, la ville fleurira, forsythias jaunes soleil, marronniers aux bougies roses sur les avenues et les rosiers qui embaumeront le Volkspark. Les fontaines jailliront, les statues se réveilleront, Beethoven, Goethe, Schubert, assis paisiblement dans les coins de rues, et l’impératrice Sisi qui se reflétera dans l’étang. La musique emplira les rues, des orchestres, des pianos posés ça et là sur un trottoir, et un concert improvisé, Les musées, les palais, les cafés et les restaurants et puis les glaciers italiens, tout s’ouvre sur la rue, et la rue revit et accueille Viennois et touristes. Et je flâne, je traverse la ville, je monte sur la butte du Belvédère ou au dernier étage du clocher St Stefan pour admirer la vue sur ces toits, ces flèches, ces dômes, sur le Danube qui scintille au loin, sur les collines couvertes de forêts et de vignobles, et je trouve que ma ville est bien belle…
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