#Arts de la fiction #05 | 19h43

Je suis au seuil |de l’éveil| d’une maison pavillonnaire. L’instant d’avant je n’y étais pas. Je suis vêtu d’un pull de coton mauve pâle à col échancré, porté à même la peau, et d’un short kaki. Je n’ai pas d’âge. L’entrée est vaste, plongée dans le noir. À ma gauche un escalier ajouré mène à l’étage, où par la porte d’une chambre laissée entrouverte, je distingue la faible clarté d’une lampe de chevet projetée sur le plafond. Sous l’escalier, un long chien jaune somnole, le museau blanchi, la truffe brune et humide, la babine noire. Une volée de marches recouvertes de moquette épaisse, orange, permet d’accéder en contrebas à un salon dont les meubles et les ombres dansent paisiblement à la lueur d’un feu de cheminée. Des sons un peu étouffés proviennent de ma droite. Je me dirige vers l’encadrement lumineux d’une porte presque fermée, que j’entrebâille lentement. La cuisine est la pièce la plus chaude. Le four y est allumé. Une femme de quarante ans prépare une vinaigrette. Un petit garçon achève de dresser la table. Il a interverti l’emplacement des couverts. La femme le lui fait remarquer sans méchanceté, mais d’une voix ferme, habituée à ordonner aux enfants. À l’autre extrémité de la cuisine, une seconde porte fermée. On dînera ici, dans la pièce la plus chaude, et non dans la salle à manger qui est réservée aux réceptions familiales ou amicales et, communiquant d’un même espace entre le salon l’entrée et l’étage, dans un volume trop vaste, n’est confortable qu’à la belle saison. On dînera ici dans la cuisine, dos au four éteint dont la porte reste entrouverte pour ne rien perdre de la chaleur qui s’en échappe encore.

A propos de Laurent Kiefer

Chemine en Normandie. Ailleurs.

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