transversales #2–7 | fréquence deux images par jour

Deux femmes traversent la rue de Rivoli (plus tard elles retourneront rive gauche en taxi) (il sera conduit par une femme) pour le moment elles vont chez une voyante qui avec son index droit tapera doucement trois fois sur une des lames choisies (j’ai le sentiment que ces images-là sont en couleurs) –
j’ai du rêver (mais non) dans le film-annonce rien de ces couleurs cependant – je ne me souviens de rien (hypermnésique)

Loye Payen qui joue la cartomancienne

comme quoi il n’y a pas que pour la chanson que ce soit cinquante pour cent les mains (comme disait Allain Leprest) : pour la lecture de l’avenir aussi – une dernière

le type (affable accort dragueur) qui se retourne sur le passage de Cléo souriante
et l’enseigne ITROEN


dans le poste il y avait cette chanson qu’interprétait pour Corinne (dite Cléo) Marchand quelqu’un (je retrouverai – eh non, je n’ai même pas cherché) intitulée “Sans toi” reprise lors d’un festival de Cannes (cinéma) par une Angèle (Van Laeken, elle est de 95) en robe blanche sans la moindre voix (on s’en fout à peine) – toujours eu le sentiment que Cléo attendait de savoir si elle était enceinte (comme le monde est fait) (plutôt un diagnostic oncologique) (le crabe) vers la fin (ça se termine à la Salpêtrière, là où TNPPI s’en est allée) le médecin arrive et s’en va en décapotable – il délivre son message et met les gaz –
(au cinéma parfois on voit sur l’écran quatre cœurs de couleurs et un “BONNE PROJECTION” inscrit là comme un souhait) – Cléo debout figée s’éloigne à grande vitesse de la caméra qui se trouve dans la voiture

il y a une ombre, un fantôme, une goule, quelque chose qu’on cache – même si on cherche à (se) la cacher, elle réapparaît – c’est là et ça ne partira jamais – partout des images – partout des portraits des gens (ou des lieux) qu’on aime sans les connaître (ici l’un d’eux

c’est une vue de Hammam Lif (une ville de banlieue par laquelle on devait passer pour rejoindre la propriété de F. (à Créteville – aujourd’hui c’est une prison) (olives et vignobles) (devant chaque rang, un rosier : mais ça, c’est plus du côté de Layon) –
c’est certainement là et ça hante)

ou qu’on a aimés


là le pont au Change, au fond le Neuf – “quand le vent hurle au loup dessous le pont au Change” chante sur les mots d’Aragon Jean Ferrat) – la chanson est titrée Robert le Diable et parle de Robert Desnos – le poème c’est “Complainte de Robert le Diable“) – ce disque doré, sur la pochette on voyait le visage du chanteur, écouté longtemps dans les années soixante-dix sur les moments de cette espèce de compréhension qui m’est arrivée avec la vérité sur mon propre corps
– de mon propre passé et de ma propre présence, ici, hasardeuse (je veux dire due au hasard – aurait-ce pu être au Canada ? impossible (nous étions français, croix de guerre et toute une famille à nourrir) – aux États non plus – pourquoi non ? à Nice comme une de ses amies ? peut-être) (mais de quel hasard parle-t-on ?)
– sur la gauche, la Conciergerie qui était alors une espèce de prison (encore)
– les années soixante et les souvenirs de TNPPI – vingt quatre heures enfermée là pour n’avoir pas payé ses impôts, dit la légende – nous autres les enfants nous étions dans le froid du nord, nous ne savions pas ce qui se tramait – il semble que mon père se soit occupé de la faire libérer – probablement en réunissant le nécessaire pour régler la dette, je suppose – auprès de L. et de F. peut-être: ça parait peu probable
– cette année-là, on écoutait “Vietnam se disait Indochine“, c’est sans doute dix ans après l’épisode précédent

celui qui dort là, qu’on ne voit pas vraiment, qu’on laissera mourir, celui-là, là

ce n’est qu’un humain qui sur un carton dort – en face de l’autre côté du trottoir, un bâtiment organisé par une architecte de renom à plusieurs dizaines millions d’euros – ça n’a pas non plus d’importance – Paris (ma) ville : au fond de la perspective, par là bas vers l’est, sur la colonne Bastille (trois glorieuses) en son faîte un génie d’or ailé comme Venise, son lion et les milliards de diamants de la lagune

au loin ce qu’on voit à peine, c’est le Japon

j’ai appris avant hier que le consul de France à Los Angelès d’alors (le même Gary) avait porté un jugement définitif (indiscutable on dit aujourd’hui) (ou incontestable) sur un de ces films qu’il fallait alors interdire – la censure ? mais quelle censure ? quelque chose dans ce genre – bizarre le titre du film s’est échappé (pas réussi à le retrouver) (il a fait office de secrétaire d’état auprès d’un ministre de la communication (de l’information disait-on alors), un certain Gorse (premier ambassadeur de France auprès de la nouvelle République de Tunisie) – à condition de lever l’interdiction de diffusion posée par Yvonne (de G.) sur le film “Suzanne Simonin, La Religieuse” (Jacques Rivette, 1967) –

rue du Bac, le deux décembre de cette année-là (il avait 66 ans) (aka Roman Kacew peut-être) , il s’est tiré une balle de revolver dans la bouche : la vieillesse est un naufrage disait-il parfois

le 30 août de l’année précédente (c’est sans rapport dira-t-il sur le mot qu’il laissera) on retrouvait son ex-épouse (Jean Dorothy Seberg) morte (huit grammes d’alcool par litre de sang, augmentés de barbituriques,ça fait nettement trop) dans sa propre voiture et le seize (zeugme) une Renault me dit-on (il me semble qu’elle était blanche comme celle qu’on n’a jamais réussi à retrouver (peut-être parce qu’elle n’a jamais existé) qui passait en même temps que l’ex-princesse avec son amour milliardaire, un 30 août, dans un sous-terrain parisien perdait la vie)
– est-ce surnom ou titre simple d’article ou encore péjoration pour Ajar/Gary (dans mon souvenir de ces années-là il n’était guère aimé – parlait peut-être trop franchement ou avait-il tourné vieux con (ça peut arriver à quiconque) ?) que « l’homme qui a vendu son ombre » ? de toujours dès qu’entendue la formule « le prix Goncourt mille neuf cent soixante quinze a été attribué à monsieur Émile Ajar pour son roman intitulé « La vie devant soi » reprise dans un générique de radio (Katleen Evin Humeur vagabonde – et avant chroniques éphémérides) restée vive (et Simone – fatalement – pour madame Rosa dans le film de Moshe Mizrahi)
– je me souviens qu’elle et sa mère buvaient du café, il devait être une heure et demie, sur l’avenue (on vivait alors chez Djelouli et c’est donc début soixante), le soleil était déjà plein, on était en avril peut-être, elles étaient assises dans la Dauphine (je ne suis pas certain qu’elle ait été rouge), portes ouvertes de quoi pouvaient-elles bien parler ? en tout cas c’était en arabe
– cette histoire de voiture, la quatre L rouge garée dans la petite rue, entre celle des Boutiques Obscures (au 5, siège du parti communiste d’alors là-bas)

et la piazza del Gesù (au 46, se tient le siège de la Démocratie dite chrétienne) – un neuf mai – le coffre est fermé, on y avait entassé le corps d’Aldo, un peu plus tôt dans la matinée Mario lui avait demandé de s’allonger pour le cacher, dans ce coffre (ils étaient dans le garage, six heures du matin), il le couvrit d’une couverture et l’assassina de deux ou trois balles de revolver – souvent j’ai pensé qu’il aurait bien mieux fait de s’abstenir de suivre ce que lui indiquait cette discipline imbécile qui le tenait sur une espèce d’honneur, quand bien même la plupart des brigadistes (la plupart d’ailleurs emprisonné.es) eurent opté pour la mort du président (la thèse c’est que le début de la fin de la guerre froide (invention inepte), dix ans plus tard, à Berlin, le mur s’écroule (imbécillité totale) la mort d’un certain communisme est alors scellée – de nos jours on construit encore des murs (cette honte polonaise ou étazunienne ou tant d’autres)
– drames assassinats tragédies erreurs
– il vaut mieux en rire, sans doute

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Capture-decran-de-2022-02-10-13-39-58-1.png.

certainement une autre image (merci pour le titre) (je l’ai compressé) (la voilà, par exemple) d’elle (ici avec PPP en taxi sur la lagune, ils vont au lido) plus celle où elle assène une gifle à un soldat allemand (Rome ville ouverte (RR, 1945) – la révolte ou la résistance : dans quelques minutes du film, elle courra derrière un camion qui emporte son amour, et sous les balles (la liberté ou la mort) (Francesco ! Francesco !!)


– la revoir, elle, c’est d’elle dont on ne fait que parler, assise sur son petit fauteuil qui venait de chez eux, là-bas, de l’autre côté de la mer, bois et paille, jambes un peu écartées, coudes aux genoux visage dans les mains perdue désespérée en pleurs
– à un autre moment dehors il fait moins dix, des congères fruits des caniveaux, un mètre de haut – sur le lit mon père en silence hurle ses coliques néphrétiques – dans la rue et la nuit j’attends la venue du médecin
– sans doute ce soir-là va-t-il arriver ce médecin-là, mais lui, je ne l’ai pas vu mourir
– sans le tragique, se souvenir d’un quinze septembre rentrée des classes plein soleil midi sur les marches qui vont au jardin, on est là et on rit, elle fume sa Gitane filtre, il arrive de l’usine pour déjeuner (à cette époque-là, il devient cad-sup et parle un anglais d’amerlok couramment avec un accent frenchi – il ne dit pas “yes” mais “yeah” en tombant vers le a)

je pose pour en finir l’image du haut de l’autre colonne (entre elles, le passage signifie malédiction : la république vieille de dix siècles y sacrifiait ici (peu c’est possible – mais au moins un doge – dans la galerie de ce nom, dans le palais voisin, le portrait de celui-ci est absent) ceux de ses serviteurs qui avaient l’intention de la trahir

j'aurai du mettre le mot FIN après l'image de Théodore (un de mes amis disparus portait ce nom - une amitié joyeuse) terrassant son espèce de saurien improbable (on dit qu'il est construit de plusieurs centaines de pièces) j'aurais voulu en finir (il y a beaucoup de "on dit" sur la lagune - par exemple qu'il existerait une troisième colonne enfouie là à quelques (dizaines/centaines de) mètres jamais (re)sortie de l'eau) (il y est une petite île (Érasme est son toponyme) qui est instituée comme son "potager") (dans le même ordre d'idée (de voyage) il est un train autour du volcan sicilien qu'on aimerait emprunter un jour - avant de mourir) - la voyance, c'est TNPPI qui regarde les lignes de ma main, "fais moi voir l'autre" elle scrute et me regarde, "c'est curieux" fait-elle - qu'est-ce qui est curieux ? - elle sourit - sans doute sa famille, ses frères et sœurs, ses parents 

A propos de Piero Cohen-Hadria

(c'est plus facile avec les liens) la bio ça peut-être là : https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article625#nb10 et le site plutôt là : https://www.pendantleweekend.net/ les (*) réfèrent à des entrées (ou étiquettes) du blog pendant le week-end

2 commentaires à propos de “transversales #2–7 | fréquence deux images par jour”

  1. « ce n’est qu’un humain qui sur un carton dort ». Ils sont poignants ces mots ! Et dans ce défilé d’images que tes textes commentent ils s’infiltrent et résonnent. L’histoire – les histoires – de vies en déroute, de perversion, de pouvoir des uns sur les autres. Fiction, réalité, qu’importe ? Tu nous surprends tous dans ces instantanés.