Le rendez-vous, c’est la salle des pas perdus. J’entends peu le mot pas, davantage perdus. Je pense aux objets perdus, un service qui existait aussi dans les gares (existe toujours ?). Ma mère y avait retrouvé un sac de sport que j’avais oublié en sortant trop rapidement du train. Il n’était pas égaré, je savais très bien où il était. Il pouvait se retrouver facilement à la gare suivante ou au terminus mais ça faisait beaucoup de stations où il pouvait être volé. Est-ce que ça voulait dire perdu ? Si cela avait été mon petit frère, on aurait plutôt dit abandonné mais ça ne m’est jamais arrivé de l’oublier où que ce soit et sûrement pas dans le train.
C’est quand même un drôle d’endroit pour se retrouver. Les pas perdus. On perdrait ses pas et on les retrouverait à cet endroit précis. J’imagine : des traces de pas. Dessinés au trait de bd, noirs, avançant, tournant en rond dans cet espace de la gare, un enclos pour pas sauvages, qui se mettraient à courir en butant contre les murs ou traverseraient le vide d’un lieu inconnu, gare inconnue, destination inconnue, visages inconnus. Pas inconnus et incertains, chancelants, tentant de se maintenir en équilibre ou de rebrousser chemin pour retrouver leur route. Quand même, ces pas qu’on perd, c’est mauvais signe.
Je me semande si c’est le lieu réservé aux personnes perdues ; pas perdus de personnes perdues regroupées dans un sas où on les redirigerait. Des plans seraient distribués pour réorienter les personnes perdues. Je me demande : est-ce que moi aussi je suis perdue ?