arts de la fiction #02 | Que faire ?

Il y a des gens partout. Elle en a pour une heure d’attente et les rares places assises sont prises, les gens sont assis par terre, partout où il y a un espace libre, avachis, scotchés à leur téléphone pour tuer le temps. Ça grouille, ça parle fort, des bribes de podcasts ou de vidéos circulent dans l’air mêlés aux effluves de transpiration et de parfums épicés. Elle essaie de faire abstraction du brouhaha et se dit qu’elle ne va pas pouvoir rester debout pendant une heure à danser d’un pied sur l’autre. Elle avise un Relay, elle va y aller faire un tour, regarder les livres juste comme ça, par habitude sans doute, même si elle sait que ce n’est pas dans ce genre d’endroit qu’elle dénichera une perle. Et un petit passage par les toilettes, dans ces gares tentaculaires, il faut s’armer de perspicacité pour les trouver et de patience tant la file côté femmes peut être longue, le nombre de toilettes étant très inversement proportionnel à l’affluence. Si par chance elle a trouvé un siège, elle sait aussi qu’elle devra le sacrifier si le besoin lancinant se fait sentir. Ce sont les aléas du voyage, elle en a conscience. Retour à son lieu d’attente, elle reprend sa position de vigie, il reste une demi-heure. Que faire ? écouter les conversations autour d’elle ? Les gens sont proches, certes, mais pas assez pour qu’elle puisse saisir plus que des bribes sans intérêt quoique des bouts de conversation, à condition de les noter, puissent être utiles pour alimenter les dialogues de certaines narrations. Sortir l’Histoire de ma vie de George Sand qu’elle est en train de lire en ce moment ? Non. Elle peut lire dans les transports en commun, elle l’a toujours fait, impossible néanmoins de se concentrer dans le vacarme des grandes gares. Non, décidément, il n’y a rien à faire qu’attendre et regarder les écrans qui devraient indiquer d’une minute à l’autre la voie d’où partira le train. Soudain, elle s’affiche et, comme un seul homme, la foule se met en marche poussant les valises à roulettes, tirant les enfants qui n’ont pas envie de marcher, fatigués eux aussi, les portant sur les dos ou sur les poitrines haletantes. Une fois montée dans le wagon, cinq minutes passent encore avant qu’elle parvienne à son siège. Enfin la voilà assise hors de cette marée humaine. Enfin le silence va se faire, elle s’en persuade, et  elle va pouvoir se laisser emporter dans ses rêveries par le rythme saccadé et régulier du train à grande vitesse.

A propos de Catherine K.

Mon nom complet est Catherine Koeckx (prononcer Kouks). Citadine depuis toujours mais avide de nature et de grands espaces que je partage par la photo ou l’aquarelle (www.catherinekoeckx.be), je suis aussi passionnée par la ville (@bruxelles_autrement). Bruxelles mais pas que... J’ai publié Le Guide lovecraftien de Providence en 2021 (disponible sur Amazon.fr ou sur commande privée). Je viens de lancer mon blog littéraire Itinéraires pluriels (https://itinerairespluriels.wordpress.com).

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