A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

#anthologie 20 | de toi dans le vivant des jours

Je n’ai que deux photos de toi. L’une est un portrait en noir et blanc que tu as dû faire chez un photographe. L’autre m’a été transmise par Thérèse, ta fille, ma tante. Cette photo m’est précieuse car elle te surprend dans la vie. Elle est trace de toi dans le vivant des jours. Je me dis qu’on est peut-être Continuer la lecture#anthologie 20 | de toi dans le vivant des jours

#anthologie #19 | album fantôme

la silhouette tassée de ma grand-mère assise sur une chaise mains croisées sur le ventre regard dans le vide près de la porte-fenêtre au voilage blanc à l’abri du dehors les quatre tartines beurrées et les huit carrés de chocolat Poulain posées sur la table en attendant le retour de l’école le visage de ce jeune homme de quinze ans Continuer la lecture#anthologie #19 | album fantôme

#anthologie #18 | inventaire et photographie

C’est le manque de temps qui m’arrête…encore une proposition sinon infinie, du moins inachevée… Photos d’identité | Elles remplissent une fonction administrative et sont associées à des obligations pénibles. Je préfère les faire chez un photographe que les faire tirer par une machine. Depuis combien de temps est-il interdit de sourire sur les papiers officiels d’identité ? Instagram | Porte ouverte sur le Continuer la lecture#anthologie #18 | inventaire et photographie

#anthologie #17 | sur le port d’Alger (extrait de carnet)

Alger, 14 mars 1936 Ce matin, il m’a invitée à boire un café en terrasse. C’est la troisième fois que je le croisais sur les quais. Je ne loge pas très loin chez une amie. J’adore flâner dans le port d’Alger. Les tonneaux, les navires, les travailleurs. Toute une activité qui m’arrache à ma solitude et attise mon désir d’ailleurs. Continuer la lecture#anthologie #17 | sur le port d’Alger (extrait de carnet)

#anthologie #16 | elle face à elle

Elle est ramassée sur elle-même, assise sur le canapé. Les bras enserrant les genoux. Le visage tour à tour enfoui, ou bien, regard fixe, vide, noyé, traversé d’affolements soudains. Un dedans inaccessible au dehors. Le corps est immobile, les dents serrées, le ventre noué, tendu vers une impossible fuite, englué dans l’angoisse. On aurait dit que le corps voulait prendre Continuer la lecture#anthologie #16 | elle face à elle

#anthologie #15 | tu m’écoutes ?

Tu m’écoutes ?… trois petits mots et une question et vous voilà pris la main dans le sac, rappelé à l’ordre, sommé de revenir à l’ici et maintenant, arraché à votre divagation, harponné…Tu m’écoutes ?…léger sursaut du corps…imperceptible affolement du regard qui tente de se raccrocher au visage qui attend…silence…Est-ce que je t’écoute ?… A vrai dire…maintenant que tu le dis…je crois bien Continuer la lecture#anthologie #15 | tu m’écoutes ?

#anthologie #14 | vous n’allez pas me croire !

Vous n’allez pas me croire ! Il s’est présenté en claquettes et short à son épreuve orale de français…Si je l’avais vu entrer dans l’établissement dans cette tenue, je l’aurais renvoyé chez lui s’habiller correctement. Quand Mme R. saura ça, elle sera furieuse. Elle les a bien prévenus pourtant. Mais où va-t-on ? Que font les parents ? Je n’arrive pas à y Continuer la lecture#anthologie #14 | vous n’allez pas me croire !

#anthologie #13 | Le Front de mer en 726 mots

En bas de la ville, le Front de mer. Dans le petit matin rose ou bleu pâle, quelques sportifs longent la barrière rocheuse qui le protège de la mer et des vagues. Parfois dans l’aube, la mer ne scintille pas encore, quelques âmes errantes, la démarche parfois titubante, le regard vitreux ou brillant, le corps en dérade, échappées du centre-ville Continuer la lecture#anthologie #13 | Le Front de mer en 726 mots

#anthologie #12 | trois villes à deux mains

J’ai presque tout oublié de l’histoire de Cuzco. Surnagent des impressions, des couleurs, des matières, des perspectives, des visages, des bouts de rue. D’avion Cuzco offre une large surface de toits ocres ville à portée de ciel bleu aérienne et minérale nichée au creux des hautes montagnes de la cordillère dont elle grignote les flancs. Ville née de la pierre Continuer la lecture#anthologie #12 | trois villes à deux mains

#anthologie #11 | retour de nuit à la maison rouge

Je ne suis jamais arrivée si tard à la maison rouge Les phares trouent la nuit comme s’ils me frayaient un passage dans le noir agrandissant sur le chemin les arbres aveuglant les fourrés éblouissant un crapaud ou un lapin en bord de fossé que j’imagine figés dans la lumière blanche  La voiture serpente sur les routes de campagne englouties Continuer la lecture#anthologie #11 | retour de nuit à la maison rouge