A propos de Françoise Guillaumond

Ecrivain, directrice artistique de la compagnie La baleine-cargo sur Wikipedia, ou directement sur la baleine cargo.

#anthologie #34 | Quand les grand-mères redeviennent des enfants

Elle répète J’ai peur, la mer est si grande. Je ris. Elle est si petite. Depuis la dernière fois elle a encore rétréci. Viens on nage jusqu’en Amérique. Elle ne sait pas nager ou plutôt elle ne sait pas bien nager. Elle a appris sur le tard  avec son mari, un homme à la moustache militaire. Devant, côté, derrière, replie Continuer la lecture#anthologie #34 | Quand les grand-mères redeviennent des enfants

#anthologie #33 | La maison des écrevisses

Pente pente pente dévale court crie l’enfant déroule ses pas roule ses jambes au plus vite plus grandes plus loin ses jambes aux rebonds magnifiques qui font la course du plat de la terrasse jusqu’à l’eau grise en contrebas descente brutale du corps de l’enfant de l’esplanade à la maison des écrevisses secousses secousses mâchoires qui claquent l’enfant rit bras Continuer la lecture#anthologie #33 | La maison des écrevisses

#anthologie #32 | La mer est si grande

La ville est blanche, minérale, les arbres bien alignés. Dans les parcs aucune herbes folles. Devant la tour de la Lanterne le pin parasol penche juste ce qu’il faut pour faire une belle photo. A l’intérieur de la tour les touristes s’extasient devant les traces des prisonniers laissées sur les murs : noms, prénoms, dates, cœurs, bateaux, le tout gravé Continuer la lecture#anthologie #32 | La mer est si grande

#anthologie #31 | ses morts d’antan

 – Je n’aime pas qui tu étais tête brûlée ! – Je n’aime pas ce que tu es devenue, froussarde !  Elle veut me tourner le dos mais où qu’elle aille, quoi qu’elle fasse, je suis là. Je l’ai surnommée Prudence, elle déteste. Ça l’agace quand je grimpe à la cime des arbres et que je redescends en flèche pour Continuer la lecture#anthologie #31 | ses morts d’antan

#anthologie #28 | œuvres

Ouvrir porte et fenêtres pour faire courant d’air et alléger la tiédeur moite du dortoir. Au plafond un mobile réalisé à partir de fonds de bouteilles en plastique aux rebords découpés en lanières, ouverts comme des soleils bringuebale au bout d’une ficelle. Les enfants y ont collé de minuscules boulettes de crépon multicolores. La lumière qui glisse entre les rideaux Continuer la lecture#anthologie #28 | œuvres

#anthologie #27 | Une soif impossible à étancher

Elle ne voulait pas de cette maison. Elle l’avait répété cent fois Je n’en veux pas. Sa mère pleurait:– Mais enfin, cette maison c’est toute notre vie, comment peux-tu dire ça ?– Peut-être mais ce n’est pas la mienne. Sa vie à elle, elle l’a bâtie à huit cent kilomètres de là. Elle a choisi un horizon plat, un bout de Continuer la lecture#anthologie #27 | Une soif impossible à étancher

#anthologie #26 | noir au dehors noir au dedans

silence impénétrablesombrele cœur dans un étause batmouvements désordonnésdouleur assourdissantela poitrine s’essoufflesifflebruit du sang qui pulsaitse découdc’est un désert de silenceplus de pépiements d’oiseauxni crissements d’insectesplus de chants d’amourni cris de hainerienle silence poisseécraseun bourdonnement peut-être dans les oreillesquelqu’un ?pourtant des voix au loin si seulement elles traversaient l’épaisseur du noirdes appelssi seulement elles s’accrochaient épelaient les mots lâchaient les sanglotsle silence Continuer la lecture#anthologie #26 | noir au dehors noir au dedans

#anthologie #25 I Paris ne sent pas le riz

L’odeur du fleuve qui passe où s’en va-t-elle ? Y a-t-il une odeur de surface et une des profondeurs ?  Certaines odeurs viennent de loin, nous surprennent. Ainsi l’odeur des embruns qui remonte la Seine, dépasse Paris, portée par le vent d’Ouest. Soudain les enfants des banlieues s’arrêtent surpris, leurs yeux flottent et se perdent au delà des immeubles qui Continuer la lecture#anthologie #25 I Paris ne sent pas le riz

#anthologie #24 | ils dorment

respires et murmures dans la moiteur d’un dortoir marée de soupirs les souffles enflent s’apaisent les corps crissent sur la toile bleu marine tendue entre les armatures métalliques des lits qui se déplient pour accueillir les petits corps blottis sous les couvertures et se replient une fois la sieste terminée ils dorment bruits de bouche succion gémissement sanglot ils dorment Continuer la lecture#anthologie #24 | ils dorment

#anthologie #23 | L’immeuble-paquebot

La porte est bleue et lourde. Il faut s’y prendre à deux mains pour l’ouvrir, basculer le corps vers l’arrière, peser de tout son poids en s’accrochant à la poignée-tube-métallique. La grille de protection se déplie, se replie, s’enclenche, l’ascenseur démarre. Ne pas toucher le mur qui défile, trop dangereux. L’ascenseur navigue sur douze étages, il ronronne, rassure les habitants, Continuer la lecture#anthologie #23 | L’immeuble-paquebot