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le brouillard me brûlait les yeux d’une invisibilité
épaisse
la nuit comme une grosse pierre
j’avais soif
mes feux de navigation ne perçaient pas le voile humide
le corps comme la proue d’un bateau dans les remous
je m’accrochais l’oreille au cri d’une buse
en vol automatique
dans ce concert de nuages
sa chasse
soufflait le mystère
41
mes nuit n’étaient qu’insomnies
disséminées au fil des heures
dans le froissement des draps
les plis trop chauds
les pieds nus cherchant le frais hors du lit
dans l’attente de l’aube
les phrases de succédaient souvent assez belles
puis s’éteignaient aussitôt
lucioles de mots en échappées dans le noir
j’entendais le silence
j’attendais les premiers chants d’oiseaux
alors je me levais
seule dans le presque encore nuit du jour
42 –
l’eau du robinet venait sans effort
l’eau se chauffait dans la bouilloire d’une simple pression du pouce
l’eau murmurait le réveil en douceur
le thé s’infusait tendre et fragile
déchirait l’écorce de l’eau de sa chaleur dorée
le grille- pain offrait ses odeurs
je salivais
confiante dans l’énergie pré-solaire
avant que le ciel ne s’allume
et que les angoisses de l’insomnie ne s’effacent
43-
que l’on m’apprenne la liberté
que l’on m’apprenne l’ennui
que l’on m’apprenne la prière
que l’on m’apprenne la solitude
que l’on m’apprenne mes folies
que l’on m’apprenne à tortiller les frissons
à dévider le lacet de l’écriture
à mordre la langue
à briser la coque des prisons
à accueillir la conversation des étoiles
à chanter les lamentations antiques
à ouvrir le cœur des nuits difficiles
à trouver le sommeil sur une grève
ivre d’embruns
dans les débris de coquillages et de pierres
de mon livre s’échappe une ailette de tilleul
qu’elle m’apprenne le vent léger du temps qui passe
44
un coup de téléphone a brisé le silence
ma lecture évaporée d’une vibration
j’ai reçu le coup comme un coup de massue
un dérangement du cerveau
une injonction à atterrir dans l’instant qui m’échappait
la luminosité de l’écran en intruse
j’ai laissé les vibrations donner leurs coups
j’ai compté jusqu’à 6
un do aigu s’est imprimé d’un coup sec
j’ai attendu que le silence revienne
j’ai éteint l’appareil
reprise de la lecture
45
demain au rendez-vous des armistices
les trompettes dans la brise du lever du jour
la musique en liberté
s’offrent les fleurs du rêve
demain les corps sortent de la grisaille
la lumière en gloire
les fissures en abonnées absents
l’instant file
bienheureux demain
les yeux dans les eaux douces
les cœurs en chamade
demain s’arrête les odeurs de cris
ce lendemain à nous
nos caprices en couleurs chaudes
la chanson des rêves blancs
c’est beau demain
je t’aime
46
j’ouvrage les mots
je les crible pointillés de lettres
de signes ouvriers
italiques majuscules minuscules
virgules en parenthèse
points en interjection
accents toniques en circonflexe
de mon clavier j’accouche sans fers
au son de la danse des cliquetis
j’écris pour immortaliser les fruits
les guerres
je querelle les sons
par la fenêtre
je regarde la grive d’automne
plumage moucheté comme ma page
siffler les présages
47 –
J’ai une demande à vous faire
à vous Dieu
que je ne tutoie pas
qui n’existe que pour ceux qui croient
à vos pouvoirs
aidez nos prochains
d’un pain quotidien pour tous
ayez la volonté d’une terre paradis comme au ciel
j’ai une demande à vous faire
une prière à exaucer
dieu d’amour
délivrez du mal les femmes du joug des fous de vous
libérez les hommes de leur amour de la guerre
j’ai une demande à vous faire
laissez entrer dans vos églises
les couleurs neuves de la vie
pour ne pas descendre aux enfers
49
la pierre me regardait de son œil mica
je m’écorchais contre un coquelicot rouillé
une goutte de sang
s’échappait
dans la pénombre
d’une flamme de bougie
un visage blanc de fleur de farine
se penchait
comme une éclaircie sur mon visage
soudain minéral
la pierre s’effilochait en écailles
dans une herbe très verte
dans laquelle je me couchais
la tête sur une paume énorme
traversée de lignes de vies
« »de mon livre s’échappe une ailette de tilleul
qu’elle m’apprenne le vent léger du temps qui passe »
Toujours autant d’émotion à vous lire Merci
Une poésie, la finesse de la dentelle, merci pour la beauté