Elle

Devant cette fenêtre immense au deuxième étage d’une tour de logements sociaux une fenêtre verticale elle minuscule devant pas plus haute que trois pommes un petit train à vapeur passe en bas la fin d’une époque les derniers souffles des cheminées bientôt le petit train ne passera plus d’ailleurs elle ne sait où il va si ce n’est vers un pays de rêves elle est trop petite pour savoir cette chambre est immense ce n’est pas la sienne mais celle de son grand frère surtout il ne faut toucher à rien ne rien abîmer pourtant elle veut toujours y être quand il est là à son bureau on lui installe un petit bureau avec une chaise et un petit banc pour s’asseoir elle veut faire comme lui comme les grands comme son frère qui étudie enfin c’est ce qu’il prétend elle aimerait aller jouer en bas avec les autres mais elle doit rester à l’intérieur elle est trop petite ça pourrait être dangereux alors elle joue dans sa chambre à elle où il y a une fenêtre identique mais elle ne s’y attarde pas la fenêtre lui fait peur elle joue au sol avec ses poupées ses barbies ou ses petites voitures ce sol si proche qu’il devient le confident de son vague à l’âme et voilà que des années plus tard son frère est parti et sa chambre est devenue la sienne elle étudie oui elle vraiment à son bureau qui donne sur la fenêtre le petit train a disparu depuis longtemps l’ancien chemin de fer comme on l’appelle est remplacé par une promenade il est surplombé par un petit pont et au-delà de ce petit pont une maison qui la renvoie à ses rêves bucoliques de jardins et de fleurs un jour elle aussi aura une maison mais pour l’heure il faut étudier dans cette chambre qui est devenue son domaine où elle mène une vie rêvée dans les livres et dans les paysages et puis elle se revoit un après-midi d’été quelques années auparavant installée pour lire près de la fenêtre dans la chambre où elle dormait lors de vacances qu’elle passait chez sa marraine et son oncle et se demande si c’est la fenêtre ou ce que celle-ci offrait à voir ou l’association des deux qui lui permet de se souvenir parfaitement du livre qu’elle était en train de lire fenêtre moitié plus petite que celle de sa propre chambre dont la vitre était fumée et sillonnée d’une multitude de croisillons en plomb elle a toujours détesté ça les fenêtres aux vitres fumées et puis il y a cette fenêtre-là comme un grand voile blanc elle ne voit pas l’extérieur elle n’a pas trois ans c’est un dimanche elle en est certaine souvenir en noir et blanc étrange comme notre cerveau est conditionné par les photos en noir et blanc surtout quand on a un père et un grand-père qui en faisaient plein mais de ce souvenir-là il n’y a pas de photo ou juste celle que le cerveau imprime dans la mémoire cette fenêtre toute blanche un voile entre elle et le dehors elle pose sur l’appui de fenêtre sans doute avec l’aide de sa maman des raviers de flan au chocolat pour les faire refroidir oui c’était bien un dimanche car sa mère ne préparait de desserts que le dimanche elle écrit tout ça aujourd’hui le dos tourné vers les larges baies vitrées qui la séparent de sont jardin

A propos de Catherine K.

Assistante de projets dans une administration, mais qu’importe… citadine depuis toujours mais avide de nature et de grands espaces que je partage par la photo ou l’aquarelle (mon site mis à jour, bientôt en lien avant un site flambant neuf), des intérêts qu’avant j’aurais qualifiés d’éclectiques mais que je définis aujourd’hui comme multiples et complémentaires, passionnée de lecture, je ne peux passer un jour sans lire, de l’écriture déjà, mais peu, une motivation nouvelle, un projet sur Lovecraft en chantier et maintenant cet atelier qui est une première. Je sens que ça va déménager à tous les points de vue...