#été2023 #01bis | le foulard vert

Ils ne voulaient pas qu’elle soit dépositaire de l’horreur, pas un livre pas une écriture à porter de regard, ses parents auraient eu peur d’y lire leur histoire celle d’une guerre, une guerre qui n’était pas la leur, une langue étrangère.  La paralysie asphyxie son cerveau d’enfant. Comment parler en toute invisibilité, comme eux, elle doit se cacher, ne pas commettre l’imprudence, l’impudence d’exister, honteuse à s’en arracher les cheveux qui restaient comme un cri de la fatalité à cette invasion cellulaire. S’enturbanner, c’est se panser avec la beauté d’un foulard vert comme ses yeux. Donner du sens à ce désordre, une chirurgie sans opération. Écrire au présent impératif des demains trop incertains, il y a urgence ;  et cette fatigue du moindre geste, tenir un stylo ne peut venir que d’une force supérieure insoupçonnable. S’abandonner aux sons murmurés des mots dansés dans le creux de ses oreilles et des lettres qui s’étirent sur les lignes d’une portée légère, infinie. Panser n’est pas penser, question de mesure et de tonalité, nuance. Dans son chalet, accompagnée de son amour de jeunesse, la campagne le lac et la montagne offrent le calme nécessaire à une respiration imperceptible, elle s’allonge, ses mains fourmillent du besoin de parler, de peindre les couleurs de cette musique, avant mal entendue. Les mots, l’invitent au jeu de la transformation, l’entraînent en ses profondeurs pour y trouver l’impensable d’une réalité qui lui crève les yeux : écrire et vivre.

 

3 commentaires à propos de “#été2023 #01bis | le foulard vert”

  1. Dépositaire, voilà ce que nous sommes, malgré tous les interdits. Déposer les mots. Ecrire comme se délester tout en s’assumant dépositaire. Ton texte fait naître en moi tout un tas de phrases. Echos et résonnances, malgré histoires si différentes. Ecrire toujours nous relie. Merci, Raymonde.

  2. « Ils ne voulaient pas » « panser n’est pas penser » « trouver l’impensable d’une réalité qui lui crève les yeux : écrire et vivre. » Merci Raymonde

    • Merci d’avoir pris le temps de me lire, il y a tant et tant à lire…