hors-série #impératif | hurle folie

Hurle folie ton cri de tempête. Au bord du vide errons de nuit sans lune parmi les hurlements de folie son murmure plus dangereux. La main qui caressait l’enfant se détourne saisit l’arme de guerre. Les lèvres qui embrassaient l’aimée se serrent sur un crissement de dents. La maison faiblissante lueur disparaît au carrefour dans le dos des devenus soldats.

Cours folie dans les rues abandonnée des oiseaux. Le chien saute sur ses pattes tremblantes. Le café refroidira dans la cuisine puisqu’il faut laisser la couette tiède descendre les escaliers en trombe portant le chat jusque dans la moiteur aveugle des sous-sol. Puisque l’école est fermée et demain une promesse non-tenue. Puisque qu’en guise de comptines folie joue des tirs de mortier donne du verre brisé pour poème.

Dresse folie ton échafaud de honte. La mort guette l’effritement des pas emportés par les bombes. Plus de trottoirs ni de ciel mais l’éboulis de parpaings d’où surgissent tordues les armatures d’acier. Immeubles tranchés comme gâteaux par la lame de folie. L’arbre de la cour se consume où ils ont gravé leurs prénoms dans un cœur. Enfants et vielles songent : c’était hier non la paix mais son simulacre. Qui nous a trompées ?

Appelle folie tes serviteurs fidèles. À l’alarme aux drapeaux aux mots de héros de patrie à l’uniforme enfilé sur le jean à la casquette vissée sur l’épi à la kalash pesant dans la paume de gamins de vingt ans qui ne rentreront pas. La sirène recrie le chant des bouchers. C’était donc ça que projetait l’avenir ? Ce piétinement des souffles sous les semelles cloutées de folie. Enfants n’auront pas d’enfant car rien ne vient sur l’empreinte des chars.

Tombe folie dans l’abîme qu’ouvrent les folies des puissants. La chair des villes à nue, ses cratères béants, ses cadavres qu’on devine au bord des caniveaux dans les images jetées sur les écrans. Route d’exil tranchées front aide humanitaire, ça défile à l’arrière sous les yeux des encore épargnées. Hors du temps le roi bouffi jure qu’il ne crèvera pas seul. Après lui le désert infini les siècles de souffrance nucléaire le chaos mondial. Après lui le néant des éloges funèbres prononcés par les rats. Son doigt effleure le bouton fatal que lui tend cette ordure de folie.

Crève folie de toute guerre insensible à la raison à l’amour à l’arrivée du printemps. Au bord du vide errons de nuit sans lune croyant toujours rêver.

A propos de Juliette Keating

Vit et travaille en région parisienne. Autrice, elle a publié un roman "Awa" (éditions le Ver à soie), un recueil de portraits de jeunes gens illustré par Béa Boubé "Blaise, Léa et les autres…" (éditions Libertalia) et deux romans jeunesse (Magnard). Contributrice à la revue culturelle délibéré.fr.

4 commentaires à propos de “hors-série #impératif | hurle folie”

  1. Hurle
    Cours
    Dresse
    Appelle
    Tombe
    Crève
    Ce corps appelé au mouvement et à la voix, puissance.