Le lieu est un refuge lorsque le musée est fermé. On le trouve aisément, à côté de l’entrée. Il ne s’est jamais abaissé à n’être qu’une boutique proposant des souvenirs de la visite tout juste terminée. Non, pas du tout, ici, c’est une librairie. N’y cherchez pas les prix littéraires de l’année en cours ou même de la précédente. Fi, donc, une éphémère gloire n’est pas de mise. Ici, un seul thème : la mer. Depuis le moussaillon jusqu’au vieux loup de mer, tout l’équipage trouvera de quoi alimenter ses rêves : le danger, le mystère, l’aventure. Remontant le fleuve depuis le Pertuis d’Antioche, au détour d’une boucle, un bateau s’est échoué, il emportait dans ses flancs des iles aux trésors, des monstres marins, des batailles navales et des courses au long cours. Hissé sur le rivage, accolé à la manufacture royale, il a délivré sa cargaison de récits de voyages, de contes fabuleux et de vaisseaux fantôme. Quelques ouvrages techniques permettent également de naviguer dans les eaux du globe, à travers les détroits encombrés de glaces, le long des estuaires marécageux. Pour qui souhaite approfondir sa connaissance des phares et des balises, toute une étagère permet de parcourir les millénaires de progrès en matière de lentilles et de repères lumineux. Homme libre toujours tu chériras la mer, il est là lui aussi entouré de ses aînés et de ses descendants. Louis-Marie-Julien, l’enfant du pays, côtoie les navigateurs solitaires, chacun sa propre table sous les fenêtres donnant sur le jardin. Il ne faut pas hésiter à s’enfoncer parmi les présentoirs. Au détour d’une armoire, des paquets d’eau salée peuvent surgir, échappés de récits de tempêtes. Plus loin, dans le rayon des corsaires et des pirates, il arrive parfois que le ton monte entre les gens de fortune de mer, il importe alors de prendre garde à la mitraille et de s’esquiver à quatre pattes.