Ainsi un nouveau livre. Parce qu’il est impossible de faire autrement. L’annonce de sa parution s’est inscrite sur une page internet. C’était prévu pour le 24 avril de cette année. J’ai envoyé un mail à mon libraire favori. Deux jours plus tard, le livre était en boutique, soit un jour avant la sortie officielle. Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, mais je vais le récupérer dans la journée. Je le règle avec ma carte bancaire, je l’enfourne dans un sac en tissu que je positionne sur l’épaule et je repars. Je ne l’ai ni regardé ni feuilleté, ce qui est contraire à toutes mes habitudes. Je ne sais de lui dans l’instant que son poids sur mon épaule et le prix que je l’ai payé, soit 36 euros. J’ai senti au toucher des aspérités sur la couverture, du relief, ce qui n’est pas familier pour des livres, qui sont, généralement lisses ou même satinés. Arrivée chez moi, je le pose sur mon bureau. Il va être en bonne compagnie d’autres lectures intermittentes : le dernier Carnet de notes de Pierre Bergounioux et les Chroniques de Clarice Lispector, et d’autres. Trois livres d’épaisseurs. Leur poids est sensiblement égal : 777 grammes pour Bergounioux, 882 pour Clarice, et légèrement moins 738 pour ma dernière acquisition. Ce ne sont pas des livres que l’on transporte partout avec soi, ils resteront paisibles à m’attendre sur la table de travail. Là, les yeux fermés, je saurai les reconnaître par le toucher qui les différencie : lisse, glacé, gaufré.
Enfin je prends le loisir ou la nécessité de regarder le dernier livre venu rejoindre toutes ces pages qui me cernent. Ce qui m’apparaît en premier ce sont les signes graphiques sur la couverture, avant même les couleurs qui les animent. : des ponts avec un point à l’intérieur tout en haut, une bande quadrillée en diagonale à l’opposé, le genre de graphisme que l’on donne à l’école maternelle pour apprendre à tracer des formes en préparation à l’écriture. Sur la partie verticale des V de couleurs différentes et à peine dissemblables. Tout cette chorégraphie de caractères pour entourer le titre écrit en lettres script d’un bleu nuit, encadré d’un trait du même bleu sur un liseré blanc qui cerne tout ce qui est écriture. Au centre est noté CORRESPONDANCE en lettres marron sombre sur un fond marron plus clair, le tout entouré de petits ronds bleus et cerné encore d’un rectangle rouge. Dans le tiers inférieur un cartouche gris où sont notés les noms des deux autrices dont la correspondance nous est offerte, en script et d’une teinte de bleu similaire à la couleur de fond du rectangle du titre, les deux noms sont unis par une esperluette. En-dessous, un petit dessin, lui aussi en relief, d’une femme assise sur un fauteuil, jambes croisées. Voilà Baisers du Singe, la correspondance entre Virginia Woolf et Vanessa Bell. Et soudain les V sur les côtés prennent tout leur sens, bien sûr ce sont l’initiale commune aux prénoms des deux sœurs. Sur le dos, titre et noms des autrices teintés de bleu nuit et cerné d’un liseré de blanc, avec le même motif de la femme à moitié allongée. Sur les trois tranches, le blanc des pages est parsemé de liserés plus sombres laissant supposer que des pages illustrées sont disséminées tout au long du livre. Sur la quatrième de couverture, on retrouve les motifs graphiques déjà observés qui forment un cadre, autour de quelques lignes, un extrait de la préface de Cécile Wajsbrot : « Il était une fois deux sœurs, l’une s’appelait Vanessa et était l’aînée, l’autre s’appelait Virginia et était plus jeune de trois ans. L’une voulait être peintre mais ne l’était pas tout à fait en 1904, lorsque ce volume de correspondance s’ouvre, l’autre voulait êtr écrivaine mais n’avait pas commencé son premier roman. ». Ce texte se tient dans la partie supérieure de la page, en script avec la forme du e légèrement inclinée, mais si peu que peut-être je me trompe. Dans le bas de la page, il est noté que la traduction de l’anglais a tété réalisée par Carine Bratzlavsky & Anne-Marie Smith-Di-Biasio. Le sigle de la maison d’édition La Table ronde, se situe juste en dessous, et encore plus bas le code barre et le prix en euros.. Dans l’angle inférieur droit le logo de la Fondation La Poste, qui je l’apprendrai sur la dernière page du livre soutient l’écriture épistolaire et donc l’édition de correspondance.
La couverture a des rabats intérieurs, plus larges que d’ordinaire me semble-t-il, avec un texte qui situe le cadre de cette correspondance presque quotidienne entre les sœurs : un échange de 215 lettres inédites.. Le graphisme des ponts et du quadrillage se poursuit en haut et en bas. Avant même tout page de garde, une série de portraits, tableaux de Vanessa Bell irisent l’ouvrage et insuflent un ancrage dans la vie familiale. La page de titre rappelle celle de la couverture en précisant les dates de la Correspondans 1904-1941, le nom des traductrices et signale la Préface de Cécile Wajsbrot. En pied de page, le logo de la femme dans un fauteuil, que l’on retrouve dans d’autres livres de cette maison d’édition ( mais pas tous…). Sur le second rabat, toujours cerné du même graphisme, sont rappelées, condensées les vies des deux autrices. Tout en bas est écrit : COUVERTURE:CHEERI . C’est le nom de l’atelier de graphistes qui manie les formes et les lettres des ouvrages de cette maison d’édition. Curieusement, il m’avait rappelé la couverture du livre en anglais de Virginia Woolf The waves, très coloré ; la créatrice en était Aino-Maija Mersola.
Les dernières pages du livre sont des illustrations des couvertures de Virginia faites par Vanessa, et curieusement aucune page blanche ne clôt l’ouvrage. Voilà il me reste à me glisser entre les mots de l’une et de l’autre. Avant, je feuillette et m’attarde sur les nombreuses photos en noir et blanc, des portraits, qui ponctuent Baisers du singe.
..le poids des mots….
…et dans un angle la marque d’un soutien qui a du sens pour des correspondances…Qui envoie encore des lettres par la Poste et à qui? pour dire quoi? merci Solange pour cette » lettre » d’invitation à lire ces…lettres.