Nuits en friches

Cent neuf, cent dix, cent … les nœuds du lambris pour voie lactée, comptés comme des moutons qui bêlent les jours de grand vent et veillent l’œil ouvert sur des rêves vacillants

Les deux rideaux tirés au cas où dans les immeubles d’en face ça épie le voile de lin écru qui gonfle et s’élève comme une robe d’été tombée là oubliée des peaux frissonnantes et du cadran de l’horloge carrée projetée sur le mur décati et dont les contours et les chiffres se dilatent dans le jour qui vient.

Double exposition, vue sur Seine, navire glissant sans quai où s’accrocher, accoudoirs tranchants, canapé anguleux, regards insistants, tapis roulant, blanc sur blanc ça fait mal aux yeux, couloir comme un goulot d’étranglement, la vitre froide sans fenêtre, sans poignée et sans trace au bout de l’hiver gris. 

Trois cent cinquante mille kilomètres au compteur aperçus depuis le siège passager de la Nevada à papa réveillée par les brûleurs des montgolfières emportées dans les courants ascensionnels des cheminées de fées. 

Monter deux par deux les marches de l’escalier, ramper sur le sol de la grange, tomber de fatigue, vouloir s’amuser encore un peu, se glisser à deux dans une salopette, étouffer les rires, sentir la respiration, laisser transpirer les sentiments et écouter la nuit durant le cliquetis des bretelles amies. 

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