Pliant

¨Peut-être que quand on meurt, tout se retourne, et le dedans devient le dehors. D’ici-là, l’écriture sera ce grand front malade, où le moi et le reste butent l’un sur l’autre. Nature morte au tabouret pliant.

1) Il n’ira bientôt plus quand la mère sera vieille. Les escaliers passent encore, qui sont de la ville plutôt que de l’appartement. On ne fait pas asseoir sa mère sur un tabouret pliant. On n’y fait pas asseoir sa mère sitôt qu’on réalise, sa propre mère est surtout une vieille dame parmi ´toutes les vieilles qui sont vieilles ensemble, pendant le tour des autres d’être les jeunes. Les escaliers sont de l’existant, comme on touche à la coupe et la couleur mais par contre jamais à la nature de ses cheveux. Et si on les est née rêches, ils iront rêches aussi dans la tombe. Le tabouret pliant, facile comme tee-shirt, ça se change. Il n’ira bientôt plus de toute façon, depuis que cela fait quinze ans que je n’ai plus quinze ans. Il ne va plus, on est moins l’hirondelle et le caoutchouc se perce, après les cuisses d’été raclées, mousse jaune qui apparaît sous le noir. Il ne va plus et il colle le mur, replié depuis longtemps, tabouret de studette et d’étudiante. Papillon buté, qui dérobe son autre aile au jour. Tabouret pliant plié. On ne jette pas sa mère, et même en prévenant poliment les encombrants. On ne plie ni sa mère ni son cœur, à peine un peu son coude et les vieux tabourets pour jeunes.

2) Un jour j’y plongerai la main. Elle s’enfoncera dans la mousse jaune où une plaie timide déjà écarte le revêtement noir du revêtement noir et lors dévoile bien sa qualité de ça, juste un revêtement noir et dessous quoi. Il y aura monde sous mousse, et corail poissons algues et vagues. Pour l’instant non et le tabouret pliant plié colle le mur. Son rond noir et rond comme avoir un début de visage. Je dois confier ici qu’hier j’étais dans un champ, et soudain j’ai pleuré, d’imaginer mon tabouret pliant déplié ici, dans le champ. Parce qu’aussi le ciel était si grand.

Rond noir rond monté sur pattes de sauterelle noir fourmi. Il ne bouge pas. Il ne saute pas. Le tabouret ne se décolle pas du mur comme dans les films de western les cow boy, cuisses lourdes, qui quittent le dos et bras nonchalant des portes de bar à deux battants et s’avancent dans le bar.

3)Une langue, une chaise. Ecrire, tabouret. Je cherche les contraires. Je, lumière d’extraterrestres. Une langue, une chaise. Ecrire, tabouret. Je cherche les mêmes. Bébé, camion. On aura tabouret pliant pour bouclier à toute horde. Pliant n’est pas plat, qui préserve le deux-faces, dans la brisure même d’avec son menton de tabouret coller sa poitrine de tabouret. Pliant n’est pas plat. Je cherche les nuances. Je, encore.

4) Ni lui ni moi n’avons bougé. Depuis ce premier jour de l’avoir regardé -et lui aussi sans doute. Canapé d’allonger mes jambes et la tablette entre ventre et début de cuisses, lui en face tient son mur, comme les hommes les murs blancs des casbah d’Algérie. Mon tabouret pliant, posé sur le désert. Je voudrais bien sûr qu’arrivent des extraterrestres. Tabouret pliant et tout l’espace qui existe quelque part en ce moment, déplié. Hier j’avais envie d’un câlin et besoin de sentir, j’ai fait ce que déjà j’avais écrit, d’enfoncer ma main dans la mousse. Le revêtement noir s’est déchiré plus avant, et j’ai compris une partie au moins de ce que c’est mourir, et du temps si on considère que le temps est la chose qui désormais ne se remontera plus.

5)Tabouret, tabouret, tabouret, tabouret tabouret tabouret tabouret tabouret tabouret tabouret, tabouret infiniment.

Les mots sont pour quand nos mères mourront.

A propos de Milène

Milène Tournier est une auteure de théâtre, poésie et formes numériques. ( L’autre jour, ed. Lurlure; Poèmes d’époque, préfacé par François Bon, ed. Polder; Nuits, ed. La p’tite Hélène; Et puis le roulis, Ed. Théâtrales). Elle a écrit une thèse d’études théâtrales « Figures de l’impudeur ». Elle partage ses vidéos poèmes sur Youtube et écrit « en direct » sur Facebook.

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