#photofictions #02 | Terminus : Jamet

Il y en a mille des façons d’attendre au monde et elles sont toutes en bas de chez moi, dans ce quartier de passage, de flâneurs et de gens pressés, de quémandeurs et de voisins huppés, tous dans le même bain, public si j’ose dire. Autant de signes d’attente, une ponctuation affairée, des chemins de traverses pour tromper la mienne.

Calligraphie du dimanche soir : le ballet des valises à roulettes et les pas chassés des voitures qui clignotent en double file, et tous les pieds de grue à la station tramway, comme des virgules : terminus, Jamet.
De concert, il y en a un autre qui attend, mais celui-là, c’est pas de rentrer chez lui. Longiligne sur son banc sans fin, pieds nus et sales recroquevillés contre un fatras de sacs informes, il cuve ; par terre, son chapeau est tombé comme un zéro pointé. 
La nuit l’attente réverbère, suspendue au front du chat collé contre le carreau, il suit de ses yeux de chat le qui-va-là des noctambules, les entrechats des pas-très-frais, le froufrou d’une chauve-souris. Et quand le matin chasse la nuit, comme on essuie les miettes sur la toile cirée, alors c’est au bistrot qu’on pointe, et c’est la danse express qui fleure l’after shave et le café. Dans les impers encore fripés, la cuiller qui tourne, la tasse blanche que d’un geste automate on mène de la table à la goule enfarinée, qu’on suçote du bout des lèvres avant de la reposer sur la soucoupe, qui en reste un peu secouée, comme nous, ça y est, c’est l’heure d’y aller.
De l’autre côté du passage piéton, un parc, pour ceux qui restent : les arbres et les vieux s’étirent en chapes lourdes, tapis comme des ombres dans le grand silence blanc du ciel. 
Et en face, ça fait tout drôle de traverser le cimetière ponctué de pierres sombres dressées bien droit. Oui ça fait tout drôle de marcher de faire crisser le gravier blanc tandis que les autres dos courbés, points de suspension endimanchés, attendent le bon moment pour se quitter. 
C’est là que moi toujours je t’attendrai.

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