7 Le livre odeur
Entre tous les livres de ma prime jeunesse, il en est un, de la collection Rouge et Or, qui se rappelle régulièrement à ma mémoire. Non en raison de l’histoire qu’il raconte — j’en ai oublié la quasi-totalité et ne cherche pas à la retrouver, qu’elle garde ses mystères ! —, mais en raison d’une particularité tout à fait particulière. Le pouvoir de ce livre sur moi est surprenant, quasi annonciateur. En effet, depuis que je l’ai lu, à mes treize ans, il accompagne mes rituels et mes plaisirs de jardin et continuera de le faire, je pense, jusqu’à mon dernier jour.
Personne n’aura la chance de retrouver mon exemplaire de La maison du chèvrefeuille, disparu dans les nombreuses pérégrinations de ma famille. Si j’eusse su l’imprégnation qu’il aurait sur moi, je me serais battue pour lui, comme je l’ai fait pour certains objets, toujours en ma possession, au seuil de ma vieillesse.
J’ai eu ce livre entre les mains, je l’ai lu plusieurs fois, tant il me plaisait. Ça je le sais. Je sais aussi qu’un jour je ne l’eus plus. Qu’importe ! Ce qu’il a déposé en moi est impérissable, un parfum et ses effluves reconnaissables et reconnues entre toutes. C’est un livre odeur. Et, Dieu sait, si une odeur sait être térébrante à vous vriller les sens et l’âme.
Une femme, adoptée très jeune, reconnaissait sa maison d’enfance à son odeur, celle du chèvrefeuille. Un arôme, proche du jasmin, teinté de vanille, avec une note d’orange miellée, envoutant, capiteux, qui, dit-on, ne se laisse pas capturer par les parfumeurs. Des notes tendres, lumineuses, et leurs harmoniques, qui n’ont jamais cessé de se propager sur les eaux calmes ou tumultueuses de ma vie.
Un livre odeur! Je suis, convaincue, enchantée…merci Emilie pour cette image
Merci Monika. Il manquait une phrase à ma publication, au début du dernier paragraphe : « Une femme, adoptée très jeune, reconnaissait sa maison d’enfance à son odeur, celle du chèvrefeuille. » Je l’ai rajoutée.
un livre.. comme une vie… au parfum de chèvrefeuille !
belle idée et belle proposition, chère Emilie
Et merci chère Françoise, si dans un vide-greniers tu tombais sur « La maison du chèvrefeuille », je suis preneuse.
Ah! l’odeur du chèvrefeuille! et le pouvoir des odeurs…
Je me souviens de ce que m’avait raconté un ami. Vers la trentaine, il était retourné en Italie dans son village natal, où il n’avait vécu que quelques mois. La famille l’emmène voir une tante. à peine entré dans la maison, il s’est dit: « Je suis déjà venu ici. » C’était sa maison natale.
La mémoire olfactive est étonnante.
C’est une histoire comme cela que raconte « La maison du chèvrefeuille ». Merci de ton témoignage, il me touche beaucoup.