#40jours #double | Hors Piste … à te figurer intérieurement cette déprise du réel

Comme pour le pot de fleurs sur les belles verrines du vitrier de Baudelaire, ce jour une impérieuse envie de splatch collectif , c’est fantastique une vague de jeunesse qui se soulève en pleine ville, c’est fantastique de décoller des pavés et de trouver en dessous la plage !

pensee du matin * L’inattendu au coin de la rue

Le grand bain des Jacobins

Qu’est-ce qui leur a pris mardi ? Ils sont complètement TIKTOK contaminés par les réseaux chinois qui décompensent , n’en peuvent plus de l’enfermement, des consignes, des contrôles, de l’incurie, de tout ce qui fait qu’une société se désagège en révolte volcanique… Marco y a participé à torse poil et pieds-nus sans même savoir d’où ça venait. Il était là par hasard, profitant de ses dernières heures dans la ville. La canicule était triomphante, l’ambiance survoltée; l’accès à l’eau des fontaines interdite par le réglement pour motif de risque de noyade, et pourtant, ça s’est passé… Il y a belle lurette que les gosses enfreignent les règles sous la surveillance des mères ou des grands frères, l’été l’eau est à partager, le moindre jet d’eau, la moindre fontaine devient un poiht d’attraction , de jeux et de cris stridents. Les vieux regardent , outrés, jaloux, ou parfaitement complices, s’ils pouvaient… Mardi c’était un délire collectif. Soudain tous et toutes jumeaux et jumelles de l’adolescent influenceur de 16 ans qui a lancé l’appel,sa grosse blague potache de fin de cours, Fellini en live, l’adolescence est toujours l’endroit de la vie où ça explose de vie et de joie sauvage. On ne va pas nous enfermer. On ne va pas nous empêcher de jouir . On ne va pas se laisser mener comme des moutons. Libérez les moutons dans la ville, laissez les réclamer des prairies au lieu de grandes flaques de goudron ! Marco est sorti de là ivre de joyeuse fatigue, sidéré par l’ampleur de l’insurrection aquatique, de la facilité de communication avec des inconnu.e.s devenu.e.s partenaires de jeux excitants. Même les flics ont été presque gentils, pour une fois, ils n’ont pas sorti les canons à eau (cela aurait été drôle) , ni les flashballs contre les gosses. On a raison de croire que la jeunesse n’est pas aussi bête qu’elle en a l’air même à l’âge des boutons. Aucun parti politique ou syndical n’aurait réussi un coup pareil. Et il dit en plus qu’il va recommencer Peter Pan ? On en rêve prudemment… Le confinement a créé un manque à vivre phénoménal et la rentrée sociale sera d’une nature nouvelle, c’est certain. Le retour à la Nature est-il un point d’appel général ? Le rêve collectif va-t-il être toléré par les pouvoirs publics ? Un Mai 68 avec de pistolets à eau, c’est quand même plus sympa non ? Bon, allez, j’arrête , se dit Marco qui parle tout seul depuis ce matin.

Pas de Femens dommage

Marco a attendu le dernier moment pour rendre visite à Géraldine. Encore une fois, toquer à une porte; lui a demandé une réserve de courage dont il avait manqué pendant des mois. Le voici dans ce vieil escalier d’immeuble classé, près de la Place des Terreaux, si agitée en ce moment; l’appartement de prêt est minuscule mais coquet, un écrin de femme à la main verte, qui investit même les parties communes avec ses plantations, elle a l’art des boutures et des compositions inédites, Géraldine a grandi à la campagne et s’en souvient. Chez elle, on n’achète pas les légumes, on les cultive. Le troc fait partie des habitudes de vie et l’argent n’est réservé qu’aux matérieux agricoles, aux véhicules à diesel, aux frais de scolarité et de transports et pour les loisirs les fêtes de village y suffisent. Elle dit qu’elle vient du monde des bons vivants, que contrairement à ce qu’on dit de l’individualisme grimpant, la solidarité existe encore entre ces nouveaux paysans instrumentalisés par une politique de rendement qui oublie l’humain et l’asservit. Elle en sait quelque chose, ayant vu deux générations trimer pour s’entendre insulter et traiter d’empoisonneurs de la planète, elle a en tête les suicides, les cancers liés aux pesticides. Elle ne juge pas ses parents responsables avec leur gros élevage laitier, elle a toujours donné la main dans l’enfance, a rechigné à l’adolescence mais a vite compris que les sacrifices lui avaient été destinés, à elle et à son frère. Conflit de loyauté. Comment faire ? Géraldine se sent artiste, mais elle n’a pas étudié aux Beaux Arts, elle n’en a pas eu l’idée assez tôt, quitter la ferme était peut-être impensable, les résultats scolaires n’étaient pas suffisants, elle préférait être dehors dans la Nature, c’est là qu’elle se ressourçait , retrouvait son énergie intérieure. Une fille souriante et douce Géraldine, une petite soeur idéale, à l’écoute et facilement admirative, cachant souvent ses désaccords par des esquives habiles, c’est pas grave, allez, on passe, ou oublie, on trace, on rigole et on boit un coup, pas conflictuelle pour un sou Géraldine, d’elle ne viendront jamais les embrouilles, elle se tait plus souvent qu’à son tour, se laisse influencer mais pas dominer, elle essaie de construire sa trajectoire à l’abri des avis. Marco l’a aimée à la folie, c’est pourtant lui qui a décidé de partir. Leur rêve avait été trop violenté par la réalité. Maintenant, il est devant sa porte, que va-t-il lui dire ?

L’ennui de l’éphémère

Géraldine a ouvert la porte, il est devant elle et ils ne savent que faire. S’embrasser ? Se serrer dans les bras ? Mais il fait trop chaud, ils rient en se tapotant les bras, comme des mômes un peu timides, comme si se toucher devait être testé avant de s’asseoir sur une chaise. Il lui tend un livre qu’il a encore trouvé dans une boîte en venant. C’est une anthologie poétique sur le thème de l’éphémère. Comme il l’a choisie par hasard parmi d’autres bouquins, elle suppose qu’elle lui envoie un message subliminal sur son état d’esprit. Elle sait qu’il n’est que de passage. Et elle aussi; elle ne restera pas dans la grande ville. Ils se sont passionnés tous les deux pour les rites chamaniques autrefois, et c’est là qu’elle a rencontré certains « doubles  » d’elle-même qui lui ont permis d’apaiser ses questions. C’est à son tour de se raconter. Par quoi commencer ? Comme Mathilde , Géraldine possède aussi sa batterie de Tisanes. On va commencer par cela. La Tisane calme le corps et l’esprit, tous deux l’ont compris.

Tisanothèque

A propos de Marie-Thérèse Peyrin

L'entame des jours, est un chantier d'écriture que je mène depuis de nombreuses années. Je n'avais au départ aucune idée préconçue de la forme littéraire que je souhaitais lui donner : poésie ou prose, journal, récit ou roman... Je me suis mise à écrire au fil des mois sur plusieurs supports numériques ou papier. J'ai inclus, dans mes travaux la mise en place du blog de La Cause des Causeuses dès 2007, mais j'ai fréquenté internet et ses premiers forums de discussion en ligne dès fin 2004. J'avais l'intuition que le numérique et l 'écriture sur clavier allaient m'encourager à perfectionner ma pratique et m'ouvrir à des rencontres décisives. Je n'ai pas été déçue, et si je suis plus sélective avec les années, je garde le goût des découvertes inattendues et des promesses qu'elles recèlent encore. J'ai commencé à écrire alors que j'exerçais encore mon activité professionnelle à l'hôpital psy. dans une fonction d'encadrement infirmier, qui me pesait mais me passionnait autant que la lecture et la fréquentation d'oeuvres dont celle de Charles JULIET qui a sans doute déterminé le déclic de ma persévérance. Persévérance sans ambition aucune, mon sentiment étant qu'il ne faut pas "vouloir", le "vouloir pour pouvoir"... Ecrire pour se faire une place au soleil ou sous les projecteurs n'est pas mon propos. J'ai l'humilité d'affirmer que ne pas consacrer tout son temps à l'écriture, et seulement au moment de la retraite, est la marque d'une trajectoire d'écrivain.e ou de poète(sse) passablement tronquée. Je ne regrette rien. Ecrire est un métier, un "artisanat" disent certains, et j'aime observer autour de moi ceux et celles qui s'y consacrent, même à retardement. Ecrire c'est libérer du sentiment et des pensées embusqués, c'est permettre au corps de trouver ses mots et sa voix singulière. On ne le fait pas uniquement pour soi, on laisse venir les autres pour donner la réplique, à la manière des tremblements de "taire"... Soulever l'écorce ne me fait pas peur dans ce contexte. Ecrire ,c'est chercher comment le faire encore mieux... L'entame des jours, c'est le sentiment profond que ce qui est entamé ne peut pas être recommencé, il faut aller au bout du festin avec gourmandise et modération. Savourer le jour présent est un vieil adage, et il n'est pas sans fondement.

2 commentaires à propos de “#40jours #double | Hors Piste … à te figurer intérieurement cette déprise du réel”

  1. dans la famille des Tisanes, je choisirai un tchai doux….
    oui hors piste, en marge, mais tout finit par se rejoindre !
    à propos d’éphémère, « S’il est encore temps », superbe essai de Sophie Nauleau (actes Sud)

    • Oui, c’est Sophie Nauleau qui avait lancé la thématique :

       » Il est temps de sonder à nouveau L’Éphémère. De ne pas attendre à demain. De questionner ici et maintenant la part la plus fragile, la plus secrète, la plus inouïe de nos existences.

      Il en va des mots comme des chansons d’amour qui reviennent par surprise au détour d’une voix, d’un souvenir, d’une émotion. « J’ai pris la main d’une éphémère… » Dansait dans ma mémoire. Sans que je sache qui le premier, de Montand ou Ferré, avait semé ce trouble de l’étrangère en moi. Adolescents nous ne comprenions pas tout à cette romance des années folles, ni même à ce poème que l’on disait roman inachevé, mais pressentions ce mystère de « l’éternelle poésie » qu’Aragon dilapidait sans crier gare.

      Une seule et unique voyelle, quatre fois invoquée, entre la fièvre, le murmure, la foudre, l’imaginaire, l’insaisissable, l’à-venir, l’impensé, le maternel, le fugace, la soif, l’énigme, le précaire, l’effervescence, le friable, l’envol, l’impermanence…
      Plus vaste que l’antique Carpe Diem et plus vital aussi, L’éphémère n’est pas qu’un adjectif de peu d’espoir. C’est un surcroît d’urgence, de chance et de vérité. Une prise de conscience toute personnelle et cependant universelle, comme un quatrain d’Omar Khayyam, un haïku d’hiver, un coquelicot soudain, une falaise à soi, un solstice d’été, un arbre déraciné ou la vingtaine de numéros d’une revue de poètes du siècle dernier.

      Il est temps de sonder à nouveau l’éphémère. De ne pas attendre à demain. De questionner ici et maintenant la part la plus fragile, la plus secrète, la plus inouïe de nos existences.

      Dans les pas de Pina Bausch qui nous a légué cette renversante image : la danseuse Clémentine Deluy, née un 21 mars, n’en finit pas de traverser la scène en robe du soir, portant ce stupéfiant sac à dos à même ses épaules nues. Comme la mousse sur la pierre, tel était le titre de l’ultime spectacle, puisé en terre chilienne et photographié par Laurent Philippe, qui a escorté la chorégraphe du Tanztheater de Wuppertal durant des années. La magie étant que celui qui a choisi d’immortaliser L’Éphémère n’est autre que le fils de l’un de nos plus grands poètes français, Ludovic Janvier.  » Sophie Nauleau.

      Je ne connais pas son essai, alors Merci ! Je le mettrai dans mon escarcelle.