#gestes&usages #02 | courir c’est se dépasser

Courir c’est dépasser. Et se dépasser. Ce système de poulie qui entraîne, ce système de transaction musculaire. Je troque mon propre effort contre le ralenti ou la moindre vitesse de mes concurrents. La première fois, je dépasse en dilettante. Je cours, c’est tout, et je vois défiler tous les autres derrière moi. Je tourne la tête à chaque fois. Je n’en reviens pas de passer devant tout le monde. Ce premier cross me laisse d’abord étonnée puis fougueuse. Sans en avoir l’air ni véritablement conscience, j’accélère. J’accrois ma foulée. Je force dans l’élan même de mon enthousiasme. Je ressens dans le fait de pousser mon corps une exaltation rarement vécue avant. Je jubile jusque dans la moindre terminaison nerveuse, chaque tendon vibre, chaque muscle se durcit. J’atteins mes limites et mon cœur s’emballe, bat si vite que j’ai l’impression de m’envoler. Dépasser les autres est une petite revanche mais me dépasser est une grande récompense, surprenante, inespérée.

A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires, ouvrages collectifs et personnels (lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021, toucher à la hache au au diable vauvert). Derniers livres : peggy m. aux éditions la place et Solo aux éditions Tarmac. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens). Master de création littéraire écopoétique en 2026 avec le texte de création Les Insignifiantes, également le nom d'une exposition plastique et photographique qui circule depuis fin 2024.