Le jardin de la villa descend par un chemin ombragé et serpenté jusqu’à la calanque. C’est un petit bois d’eucalyptus et de chênes lièges de pins parasols. Des essences qu’elle ne connait pas. Ni les pignons que l’on peut ramasser en marchant et décortiquer comme des années après les graines de tournesols. A l’époque elle n’a jamais vu non plus de champs d’héliotropes. La plage réduite n’est que gravillons sur lesquels il est malaisé de se déplacer et inconfortable de s’y étendre. Elle n’aime pas ça. Mais elle est surprise de voir aux Issambres le soleil levant sur la Méditerranée. C’est l’été elle fume sa première cigarette dans le jardin en descendant justement par le chemin ombragé qui serpente à flanc de corniche. Son amie fume les cigarettes légères de sa mère qui leur en propose. Le bois est nettoyé. On ne craint pas les incendies. Pas encore. Sur la plage elle ramasse des petits morceaux de verre poli et vert et des coquillages plats blancs et ronds œil de Sainte-Lucie. Elle en remplit une boîte de dragées en carton. Sainte-Maxime et Saint-Raphaël sont à proximité. Saint-Tropez aussi. Pour la première fois on l’emmène dans un musée de peinture : le musée de l’Annonciade. C’est le choc devant les couleurs fauves. Le souffle coupé elle s’arrête devant la toile de Kees Van Dongen Femme à la balustrade. Elle n’en revient pas de sa peau jaune de ses cheveux bleus sous le grand chapeau de ses yeux fendus et de son sourire perlé de petites dents blanches. Sa main est fine ses doigts sont longs son poignet si exagérément étiré. L’annulaire gauche est orné d’une bague. Un diamant ? Elle est emportée par les aplats de couleurs vives qu’elle n’aurait jamais osé imaginer peindre sur un mur. Jaune à la lumière rouge brique dans l’ombre. Elle est stupéfiée. Au comptoir du musée elle achète une carte postale qui ne dit pas son émoi de jeune fille. Le Petit âne sur la plage. Elle s’aperçoit aujourd’hui qu’elle y a toujours vu un âne non pas sur une plage mais dans une plaine. Sa plaine. Et peut-être même son âne. Ce qu’elle ignore alors. Elle n’a jamais eu d’âne ni d’animaux d’aucune sorte.
8 commentaires à propos de “#construire #01 | Un été aux Issambres”
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coucou Cécile, Contente de te revoir dans Tierslivre…
-:)
(nous c’était à Croix-Valmer – mais pour les arbres et les plantes tout pareil – merci)
croix-valmer les issambres un début d’amplification… merci pour cette incursion…
La lumière, les fleurs, la mer , la cigarette, et l’éblouissement de la peinture Fauve (L’Annonciade, déjà, dans le nom comme une promesse) la promenade est belle on respire en te lisant au cœur de ce jour gris . Et cette belle chute en forme d’ouverture…
merci Nathalie pour ton regard éclairé
Un vent de liberté sur ce sentier. Un texte qui frissonne l’élan, une promesse. Bien beau.
merci