#construire #07 | Déjà lu

La scène se passe entre les feuilles d’un classeur bleu épais de sept centimètres.

La fille s’installe à la table avec son thé, face à la porte fenêtre. Elle prend une pile de courrier. Elle se retourne tranquillement avec un sourire, la fumée de sa cigarette, la première de la journée, s’égare dans la pièce. Sur la table deux mains dégagent l’espace encombré. Une araignée a tissé sa toile à l’extérieur, sur l’angle gauche en haut de la fenêtre mais reste invisible. Trois oiseaux se sont envolés du marronnier.

Il s’installe chaque mardi à la même table face à la vitre avec vue sur la rue. La serveuse est si maigre, de loin une allure jeune démentie plus près par un visage fatigué recouvert d’un fond de teint épais. La voisine téléphone laissant son haut parleur. Elle détache un chèque du carnet qu’elle tire de son sac à main et elle lui tend. Il sourit et s’essuie les mains sur un tablier blanc.

Une enfant, trois ans ou cinq peut-être, marche entre ses parents. Un troupeau d’enfants rangés par deux avance, en accordéon sinueux. Un homme âgé dehors devant sa maison qui respire le parfum d’une rose. Un moineau était perché sur une branche basse du forsythia, il s’est rapproché et s’est posé sur la vieille balançoire. Un elfe navigue dans une coquille de noix. Il a suivi le vent il s’est laissé faire il a glissé sur la pente.L’homme en pyjama et robe de chambre promène son chien. Il tient un grand cabas de supermarché. Un type lui a fait signe, il tenait son bras gauche avec la main sa manche tachée de sang.

On entend le nouveau sobre et joyeux jardinier chanter des vieux tubes de Bob Marley ou Santana. Deux enfants d’une dizaine d’années jouent à compter les personnes qui font la queue en les touchant l’une après l’autre. Une enfant blonde regarde avec envie un petit groupe de filles qui improvise un parcours autour de troncs d’arbres couchés au sol.

L’adolescente passe devant la place, elle tire un chariot rempli de légumes. Elle s’assoit sur le banc, devant le muret de l’église sous le tilleul. Un homme sort de la voiture garée sur le bord du chemin. Le conducteur de profil en veste de costume crème petites lunettes et cheveux longs coiffés en tresse dans le dos remue les lèvres et la tête.

Elle me parlait pas du tout la #07, aucune image ne se présentant j’ai choisi de piocher dans les textes accumulés depuis mon premier atelier tiers livre le 16 juin 2021 les personnages en action, pas toujours des personnes pas toujours au présent pas toujours en action, pour trouver matière à enchevêtrer sans rien y changer.

A propos de Isabelle Charreau

j’arpente plus facilement les chemins de terre que les pavés de la ville, je fréquente l’atelier pour le plaisir comme des gammes, sans projet de partition

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